Promote 2026 : après la vitrine, l’heure des comptes

Promote 2026 : après la vitrine, l’heure des comptes

28 juin 2026

Le Salon international de l’entreprise, de la PME et du partenariat a fermé ses portes le 21 juin 2026, au terme de dix jours d’exposition, de conférences et de rencontres d’affaires au Palais des Congrès de Yaoundé. Pour cette dixième édition, organisée autour du thème « Entreprises privées et environnement des affaires : quels repères face aux défis économiques nationaux et internationaux ? », la Fondation Internationale Inter-progress assumait, comme lors de chaque édition, son rôle de mandataire technique de l’État camerounais. Créée par le Suisse Pierre Zumbach et liée à la République du Cameroun par un accord de coopération signé le 2 avril 1993 avec le ministère des Relations extérieures, cette fondation à but non lucratif organise Promote au nom des plus hautes autorités camerounaises, le ministère du Commerce en étant le mandant officiel, avec l’appui d’une subvention publique par édition. Vingt-cinq années de partenariat entre une structure privée étrangère et un gouvernement africain, dont le bilan protocolaire est chaque fois impeccable : pavillons nationaux, missions économiques, rendez-vous d’affaires, visites ministérielles. Le bilan économique, lui, reste presque entièrement à instruire, et c’est précisément là que se situe l’angle qui mérite d’être creusé maintenant que la poussière est retombée.

Un Salon comme Promote n’a de valeur que dans ce qu’il déclenche après sa clôture. Combien d’intentions d’investissement annoncées sous les projecteurs se traduisent, six ou douze mois plus tard, en lignes de crédit débloquées, en chantiers ouverts, en emplois créés ? La presse économique camerounaise pose rarement cette question avec la rigueur qu’elle mérite, alors qu’elle est la seule qui permette de juger un tel événement sur ses résultats plutôt que sur son organisation.

La fiscalité camerounaise mise à nu, avant même le coup d’envoi

Le ton de cette édition avait en réalité été donné quelques jours avant le coup d’envoi, dans le cadre de la Cameroon-UE Business Week organisée par la Délégation de l’Union européenne du 16 au 19 juin. Lors d’un débat consacré au climat des investissements, modéré par le directeur général de l’Economie Media Group, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba, a livré un diagnostic sans complaisance sur l’environnement fiscal du pays, face au ministre délégué à l’Économie, Paul Tasong. Le GECAM, né en 2023 de la fusion du Groupement Inter-patronal du Cameroun (GICAM) et d’Entreprises du Cameroun (ECAM), est désormais la principale organisation patronale du pays, forte de plus de 2 500 entreprises membres.

« Nous avons un taux de pression fiscale effectif au Cameroun dans le formel qui est de l’ordre de 57 %, c’est le plus haut de la zone CEMAC. On ne peut pas chercher à régler l’informel si le formel est étranglé. »
Célestin Tawamba, président du GECAM

Tawamba a poussé l’argument plus loin, comparant la fiabilité énergétique camerounaise à celle de pays voisins jugés plus compétitifs : « Ce qui m’a frappé lorsque je vais dans des pays comme la Côte d’Ivoire, c’est que je n’entends pas des groupes électrogènes qui ronflent. » Prononcée en marge d’un Salon censé vendre l’attractivité du pays aux investisseurs internationaux, cette remarque n’est pas anodine : elle interroge directement la cohérence entre le discours officiel sur l’amélioration du climat des affaires et la réalité quotidienne des opérateurs économiques. Le président du GECAM a également déploré ce qu’il qualifie de fiscalité confiscatoire, rappelant qu’une entreprise qui ne dégage pas de bénéfice ne devrait pas être taxée sur ce même bénéfice, avant d’adresser un message direct aux partenaires européens : ce n’est pas l’accumulation d’accords de coopération qui transformera la donne, mais un véritable co-investissement aux côtés du secteur privé camerounais.

Le gouvernement a, comme à chaque édition, multiplié les gestes en direction de la diaspora camerounaise, considérée comme un réservoir de capitaux et de compétences sous-exploité. Le 19 juin, à quarante-huit heures de la clôture, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, a tenu une rencontre au pavillon de l’ambassade du Cameroun en France, portant sur les secteurs d’investissement prioritaires et les mécanismes d’accompagnement disponibles pour les porteurs de projets de la diaspora. Le message ministériel insistait sur un point structurant : avant le financement vient l’assistance technique, le renforcement des capacités entrepreneuriales et l’accès aux guichets existants, autant de préalables sans lesquels aucun projet ne tient la distance.

Le discours est cohérent sur le papier, mais il appelle une question simple, rarement posée dans la presse camerounaise : combien des engagements pris par des membres de la diaspora lors des éditions 2022 et 2024 de Promote se sont effectivement traduits par une création d’entreprise ou un investissement vérifiable ? À ce jour, aucune structure ne semble publier de bilan consolidé permettant d’y répondre, ce qui devrait constituer en soi, un sujet d’enquête pour les prochains mois.

Le test qui donnera tout son sens à cette édition : le crédit, pas le stand

Le paradoxe de cette dixième édition est qu’elle s’est tenue dans un contexte de resserrement du crédit bancaire inédit dans la zone CEMAC. Selon le rapport publié en juin 2026 par la Banque des États de l’Afrique centrale, l’offre globale de crédit dans la sous-région a reculé de 20,22 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de l’année précédente, passant de 3 146,9 milliards à 2 510,5 milliards de FCFA, sous l’effet d’un repli marqué des financements accordés aux grandes entreprises. Au Cameroun spécifiquement, le volume des nouveaux concours bancaires distribués à l’économie a chuté de 28,24 % sur un an, à 1 337,3 milliards de FCFA contre 1 887 milliards un an plus tôt. Cette toile de fond confère une résonance particulière à un événement organisé en marge de Promote, le 18 juin, par le journal Le Financier d’Afrique : la première Journée de la finance et du développement, lors de laquelle le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a dressé un état des lieux sans fard de l’inclusion financière régionale, pointant le poids de l’économie informelle, la faiblesse de l’accès au crédit et la lourdeur administrative comme principaux freins à l’essor des entreprises.

Prononcée devant un parterre de banquiers et de décideurs publics réunis dans le sillage du Salon, cette déclaration résume mieux que tout discours protocolaire l’écart entre la vitrine de Promote et la réalité du financement de l’économie réelle. C’est là que se trouve le véritable indicateur de succès de l’édition 2026 : non pas le nombre de visiteurs ou de mètres carrés occupés, mais la capacité du système bancaire et des guichets publics à transformer, dans les mois qui viennent, les contacts noués pendant le Salon en financements effectivement débloqués. Faute de quoi Promote restera ce qu’une partie du secteur privé camerounais lui reproche déjà d’être : un exercice de communication institutionnelle déconnecté des contraintes structurelles qui pèsent sur le financement des entreprises, PME en tête.

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