La croissance s’accélère, le panier de courses aussi

La croissance s’accélère, le panier de courses aussi

26 octobre 2026

Publié le 6 octobre, le dernier rapport régional de la Banque mondiale relève sa prévision de croissance pour l’Afrique subsaharienne. Le même document annonce pourtant le retour de l’inflation et une pauvreté presque immobile. Pour les ménages comme pour les entreprises, l’embellie reste à convertir.

Deux chiffres, un même rapport, et une contradiction apparente. Publié le 6 octobre, à la veille des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, l’Africa Economic Update porte à 4,3 % la croissance attendue de l’Afrique subsaharienne en 2026, après 4,1 % en 2025. Dans le même souffle, il prévoit que l’inflation médiane de la région remontera à 5,5 %, contre 3,7 % l’an dernier.

L’institution attribue cette accélération à plusieurs facteurs : une demande intérieure plus robuste, la stabilisation des grands équilibres macroéconomiques, de meilleures performances dans plusieurs secteurs productifs et les investissements liés à la transition énergétique et au numérique. Vingt-trois des 47 économies subsahariennes devraient dépasser cette année leur rythme moyen de la période 2000-2019. Washington y voit le fruit des réformes récentes : des banques centrales qui ont repris la main sur les prix, des finances publiques assainies dans plusieurs pays. Le retour de l’inflation vient pourtant contrarier ce récit. Il interrompt une décrue engagée en 2023, après un pic de 9,3 % en 2022, et tient pour l’essentiel à des facteurs importés : le renchérissement mondial des carburants, des engrais et des denrées alimentaires. Pour un ménage, cela se traduit par un panier de courses plus lourd. Pour un industriel, par une facture d’énergie et d’intrants qui grimpe sans que ses prix de vente puissent toujours suivre ; c’est alors sa marge qui absorbe le choc.

Le chiffre le plus discret du rapport est sans doute le plus lourd de sens. La Banque juge cette croissance insuffisante pour faire reculer significativement l’extrême pauvreté et pour offrir des emplois à une main-d’œuvre en pleine expansion. Le revenu réel par habitant ne progresserait que de 1,8 % en 2026, après 1,6 % en 2025 : la richesse produite augmente, mais elle se dilue dans une population en forte croissance. Le taux de pauvreté ne passerait ainsi que de 47,8 % en 2026 à 47,1 % en 2027, et le nombre de pauvres continuerait d’augmenter sous l’effet de la démographie. Andrew Dabalen, économiste en chef de l’institution pour l’Afrique, le résume sans détour : le prochain chantier consiste à transformer cette croissance en emplois et en meilleures opportunités. Le rapport regarde d’ailleurs déjà au-delà de la conjoncture. Son thème central est l’intelligence artificielle, que la Banque présente comme un levier possible de productivité et d’emplois, à condition d’investir d’abord dans une électricité fiable, une connectivité abordable et les compétences numériques. Reste à replacer ces chiffres dans leur contexte, car les institutions ne mesurent pas toutes la même chose. Le FMI, qui tablait sur 4,3 % en juillet, a relevé sa projection à 4,5 % à la mi-octobre, à Bangkok. Il maintient toutefois ses mises en garde : risque de tensions sociales et d’instabilité politique dans les économies vulnérables, et refus des allègements généralisés sur les prix à la pompe, au profit de transferts ciblés. La Banque africaine de développement prévoyait en mai 4,2 % pour l’ensemble du continent, Afrique du Nord comprise, avec une inflation moyenne de 10,4 %. L’écart avec les 5,5 % de la Banque mondiale s’explique pour une bonne part par la méthode. D’un côté, une moyenne continentale, tirée vers le haut par quelques pays à très forte inflation. De l’autre, une médiane régionale, qui neutralise ces extrêmes.

L’Afrique centrale illustre ces contrastes. La BAD y attendait 3,8 % de croissance, soutenue par des cours du pétrole élevés, quand le FMI estimait en avril celle de la CEMAC à 3 %, sous la moyenne subsaharienne. L’or noir gonfle les recettes publiques, mais le renchérissement de l’énergie pèse sur des économies qui importent encore l’essentiel de leurs produits pétroliers raffinés.

Pour les décideurs publics, l’arbitrage est classique, mais sa marge se resserre. Subventionner pour protéger le pouvoir d’achat coûte cher à des budgets déjà grevés par le service de la dette. Laisser les prix s’ajuster expose aux tensions sociales que redoute le FMI. La voie médiane passe par des transferts ciblés, une politique monétaire vigilante et une production locale capable de se substituer à ce que la région importe encore. Pour les entreprises, la leçon est plus prosaïque : une croissance de 4,3 % ne signifie pas 4,3 % de demande supplémentaire dans chaque secteur. Là où les revenus se tassent, les volumes de consommation courante suivent la même pente. Là où l’énergie renchérit, la compétitivité se joue sur l’efficacité des équipements et la maîtrise des coûts d’exploitation.

La région grandit ; l’essentiel reste à prouver. Que cette croissance se traduise en salaires, en emplois formels et en prix supportables : à cette condition seulement, les 4,3 % cesseront d’être une statistique.

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