Depuis l’expiration de son programme avec le Fonds monétaire international, en juillet 2025, Yaoundé emprunte sans ancrage. Le ratio d’endettement reste sous les plafonds, mais le service de la dette absorbe 40 % des recettes fiscales et près des trois quarts des financements de la Banque africaine de développement restent à décaisser.
L’avertissement est venu le 29 juillet, deux jours après la publication des derniers chiffres de la dette. Pour l’économiste Louis-Marie Kakdeu, par ailleurs deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), l’un des principaux partis de l’opposition, l’absence d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) augmente le risque de surendettement du pays. Le diagnostic dépasse la querelle partisane : l’institution de Washington classe elle-même ce risque comme élevé. Selon la Caisse autonome d’amortissement, l’encours de la dette publique atteignait 15 607 milliards de FCFA à la fin juin, soit environ 23,8 milliards d’euros et 44,2 % du produit intérieur brut, en hausse de 8,3 % sur un an. Ce ratio, pris seul, n’a rien d’alarmant : il demeure inférieur au plafond de 50 % que s’est fixé le pays comme au critère de convergence de la CEMAC, établi à 70 %, et la Banque africaine de développement (BAfD) juge la dette soutenable. La fragilité est ailleurs. Le service de la dette absorbe un quart du budget national et 40,1 % de recettes fiscales qui ne dépassent pas 13,3 % du PIB, loin du seuil communautaire de 17 %. C’est la liquidité, non le stock, qui inquiète.
Le tableau régional n’est guère plus rassurant. Dans ses Perspectives économiques régionales pour l’Afrique centrale, présentées le 22 septembre à Yaoundé, la BAfD chiffre à 35,6 milliards de dollars par an le déficit de financement de la région d’ici 2030, et à 9,2 milliards celui du seul Cameroun. Encore faut-il bien employer l’argent disponible. Le rapport pays attribue à l’investissement public camerounais un score d’efficience de 50 % : à stock de capital égal, le pays pourrait améliorer jusqu’à 50 % le rendement de ses infrastructures en s’alignant sur les meilleures pratiques de planification, de sélection et d’exécution des projets.
Les financements extérieurs ne sont pas mieux mobilisés. Selon la revue conjointe du portefeuille de la banque, présentée le 14 juillet, 26 % seulement des 1 629 milliards de FCFA engagés dans le pays avaient été décaissés. Un franc engagé mais non décaissé ne finance aucune route, aucune centrale électrique, aucun hôpital. À ces ressources dormantes s’ajoute un marché régional qui se tend, et que le Cameroun aborde en position de faiblesse faute de programme avec le Fonds. Le taux moyen des émissions souveraines de la CEMAC est passé de 7,70 % à 8,78 % entre janvier 2025 et janvier 2026, et l’encours des titres publics de la zone a franchi fin mai le seuil des 10 000 milliards de FCFA, avant d’atteindre 10 560,8 milliards fin juillet. Le crédit bancaire, lui, coûtait en moyenne 21 % au Gabon voisin fin 2025.
La région en a tiré ses conclusions. Réunis à Brazzaville le 22 janvier, les chefs d’État de la CEMAC se sont engagés à inscrire chaque économie dans un cadre concerté avec le FMI. Le Congo a déposé sa demande le 11 mai ; les négociations s’y sont ouvertes le 24 septembre. Plus de quatre mois entre les deux dates : le calendrier dit la lenteur de l’exercice.
Reste ce qui ne dépend pas de Washington. « Notre défi n’est pas uniquement de financer davantage », a résumé à Yaoundé Léandre Bassolé, directeur général du bureau régional de la BAfD pour l’Afrique centrale, en appelant à passer des financements aux investissements réalisés. Pour la première économie de la CEMAC, cela commence par les quelque 1 200 milliards de FCFA de la banque qui attendent d’être décaissés. Avant d’emprunter davantage, le Cameroun doit apprendre à dépenser ce qui lui a déjà été accordé.
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