Centrafrique : la BEAC voit le verre à moitié plein, le FMI à moitié vide

Centrafrique : la BEAC voit le verre à moitié plein, le FMI à moitié vide

28 octobre 2026

La banque centrale régionale salue une croissance de 3,1 % en 2025 et des perspectives « prometteuses ». Le Fonds monétaire international n’attend que 2,6 % pour 2026. Entre les deux, un cycle électoral qui peine à se refermer et un État aux moyens comptés.

C’est un chiffre en apparence rassurant, qui mérite pourtant d’être lu avec prudence. Dans son rapport sur la situation économique de la République centrafricaine, relayé en août 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) fait état d’une croissance de 3,1 % en 2025, contre 1,8 % un an plus tôt. Pour un pays qui demeure, structurellement, l’un des plus fragiles de la CEMAC, la performance n’est pas négligeable. L’or en est le principal moteur. Selon la BEAC, la production aurifère a bondi de quelque 770 kilogrammes en 2024 à plus de 7 tonnes en 2025, et l’institution en attend un volume record d’environ 8 tonnes en 2026, même si elle anticipe parallèlement un effondrement de 53 % de la production de diamants. La banque centrale juge les perspectives prometteuses à court et moyen terme, en misant notamment sur l’entrée en vigueur du nouveau code minier. Le Fonds monétaire international (FMI) se montre plus réservé. Dans ses Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2026, il ne table que sur 2,6 % de croissance cette année, et il jugeait déjà « mitigés », en 2025, les résultats du programme de réformes engagé avec Bangui.

Cet écart d’appréciation n’a rien d’anodin, et le calendrier politique en éclaire une partie. Ouvert par les élections groupées du 28 décembre 2025, qui ont vu la réélection de Faustin-Archange Touadéra, le cycle électoral centrafricain n’est toujours pas refermé. Après le second tour des législatives et une série de scrutins partiels, organisés le 26 avril 2026, des élections résiduelles devaient pourvoir les sièges encore vacants le 27 septembre. Repoussées une première fois au 25 octobre par décret présidentiel, elles ont de nouveau été reportées, cette fois sans date. Le 9 octobre, l’Autorité nationale des élections a reconnu que le budget nécessaire n’avait pas été décaissé, ce qui l’empêchait d’imprimer les bulletins de vote comme de déployer ses équipes sur le terrain. Entre-temps, un incendie avait ravagé en septembre son centre de traitement des données. L’épisode ne traduit pas une crise politique ouverte, mais il révèle un État incapable de financer jusqu’aux opérations élémentaires de son fonctionnement institutionnel. Or un environnement politique incertain tend, presque mécaniquement, à retarder les décisions d’investissement privé, à rendre les bailleurs plus prudents dans leurs décaissements et à fragiliser la collecte fiscale. Les contraintes budgétaires sont d’ailleurs lourdes : selon la Coface, le service de la dette contractée sur le marché régional devrait absorber environ un tiers des recettes publiques centrafricaines en 2026. La sous-région offre d’autres illustrations de ces fragilités. Au Congo voisin, la réélection de Denis Sassou Nguesso en mars 2026, avec 94,82 % des suffrages selon les résultats provisoires, s’est déroulée sur fond de boycott d’une partie de l’opposition et de coupure d’Internet.

Le paradoxe centrafricain tient précisément à cette dépendance. Le pays a besoin d’une stabilité politique durable pour consolider une croissance encore embryonnaire, mais cette stabilité reste elle-même tributaire de ressources dont il ne dispose pas. Le cercle n’est pas propre à Bangui. Il y prend toutefois une acuité particulière, compte tenu d’une économie largement dépendante de l’aide internationale et de ressources extractives (or, diamants, bois) dont l’exploitation demeure sensible aux conditions sécuritaires.

Pour les opérateurs camerounais, l’enjeu est concret. Pays enclavé, la Centrafrique dépend du port de Douala et du corridor routier qui le relie à Bangui, sa principale voie d’approvisionnement. Ces incertitudes constituent un paramètre de risque supplémentaire à intégrer dans les décisions des prochains mois. Elles s’ajoutent à une conjoncture régionale moins porteuse qu’espéré : fin septembre, la BEAC a ramené sa prévision de croissance pour l’ensemble de la CEMAC à 3 % en 2026, contre 3,2 % attendus en juin. L’environnement des affaires reste donc à surveiller de près jusqu’à la fin de l’année.

L’enjeu dépasse d’ailleurs le seul cas centrafricain. Sur le continent, les prévisions des institutions financières intègrent de plus en plus systématiquement des scénarios conditionnels liés à la stabilité politique. Cette évolution méthodologique traduit, en creux, la difficulté croissante à dissocier performance macroéconomique et gouvernance dans les économies les plus fragiles de la sous-région.

Pour la BEAC, l’exercice relève de l’équilibrisme. Afficher trop d’optimisme exposerait l’institution à un démenti si la situation politique ou budgétaire venait à se dégrader. Se montrer trop pessimiste pourrait, à l’inverse, décourager des investissements déjà rares dans un pays qui en a cruellement besoin. Entre la lecture encourageante de la banque centrale et la prudence du FMI, la Centrafrique illustre la manière dont les institutions financières d’Afrique centrale apprennent à intégrer le risque politique comme une variable macroéconomique à part entière, au même titre que l’inflation ou le taux de change.

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