En marge du Salon du commerce intra-africain à Alger, l’État nigérian de Cross River et Afreximbank ont signé l’accord confiant à Calabar l’accueil, en 2026, de la sixième Conférence sur l’investissement AfSNET. Un événement en apparence protocolaire, mais qui traduit, en réalité, un basculement plus profond dans la manière dont le continent construit désormais son intégration économique.
L’accord a été signé lors d’une session consacrée aux acteurs sous-souverains, organisée en marge de l’IATF2025 (le principal rendez-vous continental consacré au commerce intra-africain, organisé par Afreximbank) par le président et président du conseil d’administration de la banque, Benedict Oramah, et le gouverneur de l’État de Cross River, Bassey Edet Otu. Il formalise l’accueil, à Calabar, de cette conférence annuelle, qui réunira dirigeants sous-souverains, investisseurs et partenaires du développement autour des opportunités de commerce et d’investissement à l’échelle régionale. Organisée sans interruption depuis son lancement en 2021, l’AfSNET affiche ainsi une régularité qui traduit la volonté d’Afreximbank d’inscrire cette dynamique sous-souveraine dans la durée plutôt que dans l’épisodique ou le symbolique. Derrière cette signature se dessine une évolution structurelle plus large : le glissement progressif de l’intégration continentale du niveau national vers celui des gouvernements régionaux et municipaux, les entités que l’on qualifie désormais de sous-souveraines, et qui occupent une place croissante dans les discours des institutions financières panafricaines.
Lancé par Afreximbank en 2021, en partenariat avec le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’AfSNET part d’un constat pragmatique : les grandes stratégies décidées au niveau des chefs d’État peinent souvent à se traduire en projets concrets, faute de relais opérationnels sur le terrain. En reliant directement investisseurs et gouvernements sous-souverains, la plateforme entend raccourcir le chemin entre décision politique et réalisation économique, mettre les municipalités et les régions au cœur des échanges intra-africains, plutôt qu’en périphérie des grandes négociations d’État à État. Cette édition doit ainsi mettre en avant des projets prêts à recevoir des financements, faciliter la mise en relation entre investisseurs et collectivités locales, et favoriser une forme d’intégration régionale plus fine que celle que produisent les seuls accords intergouvernementaux.
Lors de la cérémonie de signature, Benedict Oramah a résumé la philosophie du programme : selon lui, le développement doit être décentralisé, prendre racine là où les besoins se font le plus sentir, dans les villes, les provinces et les régions, avant de rayonner vers l’échelon national, puis continental. Le secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, également présent à la cérémonie, a tenu un propos convergent : l’intégration et la transformation du continent ne se décréteront pas seulement depuis le sommet, mais se construiront depuis la base, dans les municipalités, les États et les provinces où la politique devient réalité pour les populations, la ZLECAf posant le cadre, l’IATF fournissant le marché, et l’AfSNET servant de passerelle entre pouvoir local et impact continental. Cette convergence de discours, venant à la fois de la banque et du secrétariat chargé du libre-échange, n’a rien d’anecdotique : elle reconnaît, en creux, les limites d’une intégration pilotée depuis les seules capitales, où les priorités diplomatiques prennent parfois le pas sur les besoins économiques concrets des territoires. Pour le gouverneur Bassey Edet Otu, qui a salué un moment déterminant pour son État comme pour le Nigeria, l’accueil de cette conférence est aussi l’occasion de présenter Calabar comme une porte d’entrée vers l’investissement en Afrique de l’Ouest, en misant sur les atouts de l’État en matière d’agriculture, de tourisme, de commerce et d’industries créatives.
Pour les chefs d’entreprise, cette bascule ouvre une voie d’accès alternative aux marchés africains et nouer des partenariats directement avec des gouvernements régionaux, plutôt que de composer exclusivement avec des administrations centrales parfois plus lourdes et plus lentes à mobiliser. Pour les collectivités locales elles-mêmes, l’enjeu est inverse mais symétrique. Il faut se doter de capacités techniques suffisantes pour négocier et structurer des projets à la hauteur de cette visibilité nouvelle, sans quoi l’attention suscitée par ce type d’événement risque de ne pas se traduire en investissements durables. C’est là, précisément, que se jouera la crédibilité de l’exercice, un défi de gouvernance dont l’issue dira, à terme, si cette décentralisation de l’investissement tient ses promesses, ou si elle reste un exercice de communication institutionnelle de plus, au calendrier déjà chargé des grands rendez-vous économiques africains.
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