Cuivre, uranium, lithium : l’Afrique détient une part décisive des réserves mondiales de minéraux critiques. Réunis à Paris les 7 et 8 juillet, décideurs politiques et investisseurs ont surtout débattu d’une question : le continent saura-t-il transformer cet avantage géologique en levier de négociation, plutôt qu’en simple rente d’extraction ?
Cuivre, uranium, lithium, terres rares : la demande mondiale pour ces matières premières ne cesse de croître, portée par l’électrification des transports, le développement des énergies renouvelables et la montée en puissance des industries de pointe. Dans cette compétition planétaire, l’Afrique occupe une position singulière : elle détient une part considérable des réserves mondiales de plusieurs minéraux jugés critiques, ce qui en fait, pour reprendre l’intitulé même du sommet parisien, un territoire appelé à « sécuriser l’avenir minier » de l’économie mondiale, tout en s’imposant comme partenaire souverain plutôt que simple fournisseur de matière brute.
Organisée à Paris les 7 et 8 juillet 2026 pour sa 9ᵉ édition annuelle, sous le thème « Securing Africa’s Mining Future: Sovereignty, Sustainability and Global Partnerships », Mining On Top Africa a réuni ministres, compagnies minières, institutions financières internationales, organisations géologiques, équipementiers, négociants et investisseurs venus d’Afrique, d’Europe et du Moyen-Orient. Le choix de la capitale française pour accueillir cet événement n’est pas neutre : il traduit la volonté des organisateurs de connecter les décideurs africains aux grands bassins de capitaux occidentaux, à un moment où la rivalité géoéconomique entre la Chine et les États-Unis redistribue les cartes de l’investissement minier sur le continent. Les discussions ont porté sur la valorisation locale des ressources, l’intégration énergétique régionale, le financement des projets et la montée en puissance des chaînes de valeur africaines, des priorités qui reflètent une inflexion de fond : les gouvernements africains ne se contentent plus de négocier des contrats d’extraction, ils cherchent à capter davantage de valeur ajoutée sur leur propre sol, qu’il s’agisse de transformation locale, de participation au capital ou de transfert de compétences. Cette quête de souveraineté économique n’est d’ailleurs pas propre au sommet parisien : elle traverse actuellement plusieurs dossiers miniers du continent. En République démocratique du Congo, les autorités exigent depuis le début de l’année 2026 que les sociétés minières se conforment à l’obligation légale, prévue par le Code minier, de céder 10 % de leur capital à des personnes physiques congolaises, dont 5 % réservés spécifiquement aux employés, une disposition ancienne mais restée largement inappliquée jusqu’ici, avec une échéance de mise en conformité fixée au 31 juillet 2026. Au Botswana, le président Duma Boko revendique une prise de participation majoritaire dans le géant diamantaire De Beers, alors que le pays détient déjà 15 % de son capital et cherche des partenaires financiers, notamment dans le Golfe, pour concrétiser l’opération. De son côté, la société publique angolaise Endiama a soumis une offre pour une participation minoritaire dans De Beers, dans la perspective d’un partenariat régional associant l’Angola, le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud.
Ce mouvement de fond place les investisseurs internationaux face à un arbitrage plus complexe qu’auparavant : la sécurisation des approvisionnements en minerais critiques reste leur priorité, mais elle doit désormais composer avec des États africains qui négocient davantage de contrôle sur leurs propres ressources. Pour les grandes compagnies minières présentes à Paris, l’enjeu consiste à construire des partenariats perçus comme équitables par les gouvernements hôtes, sous peine de voir les conditions d’accès se durcir ou les licences remises en question. Pour les acteurs économiques qui suivent le secteur, ce sommet confirme ainsi trois tendances à surveiller dans les mois qui viennent : la montée des exigences de contenu local et de participation capitalistique, qui devient la norme plutôt que l’exception ; la diversification des sources de financement, avec un intérêt croissant des capitaux du Golfe et d’Europe aux côtés des acteurs chinois traditionnellement dominants ; et la structuration progressive d’alliances régionales entre pays producteurs, à l’image du partenariat envisagé autour du diamant en Afrique australe, qui pourraient à terme peser davantage dans les négociations internationales sur les prix et les conditions d’exploitation.
Reste à savoir si ces ambitions de souveraineté se traduiront par des résultats concrets sur le terrain, ou si elles resteront cantonnées aux discours de tribune. L’écart entre les engagements pris lors de ce type de sommet et leur mise en œuvre effective demeure, sur le continent comme ailleurs, le véritable test de crédibilité.
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