IA : mille milliards promis, 2 % des data centers

IA : mille milliards promis, 2 % des data centers

6 octobre 2026

La Banque africaine de développement chiffre à 1 000 milliards de dollars ce que l’intelligence artificielle pourrait ajouter au PIB du continent d’ici à 2035. Encore faut-il des machines pour la faire tourner, et du courant pour alimenter ces machines.

Le chiffre a de quoi séduire. Selon un rapport publié en décembre 2025 par la Banque africaine de développement (BAfD), l’intelligence artificielle pourrait ajouter jusqu’à 1 000 milliards de dollars au PIB africain d’ici à 2035, soit près d’un tiers de la production actuelle du continent. Le même document décrit toutefois un autre scénario, celui de la trajectoire actuelle, dans lequel les gains plafonneraient autour de 250 milliards. Entre les deux, 750 milliards qui tiennent à une seule condition : que les investissements suivent.

Sidi Ould Tah, le président de l’institution, ne dit pas autre chose. « L’IA ne se développe pas sur la seule base des aspirations », a-t-il prévenu en septembre à Séoul, devant la conférence ministérielle Corée-Afrique, avant de rappeler que l’Afrique pèse moins de 2 % de la capacité mondiale des centres de données.

Ce décalage entre l’ambition et les moyens n’est pas nouveau, mais il devient plus aigu à mesure que l’IA s’impose comme un enjeu de souveraineté économique. Entraîner des modèles, puis les exploiter, exige une puissance de calcul hébergée dans des installations dont la construction suppose une électricité stable, une connectivité par fibre optique et un refroidissement industriel, trois conditions rarement réunies à l’échelle requise. La conséquence a été chiffrée à Séoul par la ministre déléguée équato-guinéenne des Finances, Milagrosa Obono Angüe : selon elle, 80 % des données africaines sont hébergées à l’étranger, et le continent le paie cher. Cette dépendance se règle en devises et en maîtrise de l’information. Elle a aussi un prix moins visible, car sans accès abordable au calcul, les entreprises locales peinent à développer des modèles adaptés à leurs réalités, qu’il s’agisse des langues du continent, des systèmes de paiement mobile ou des spécificités agricoles et climatiques. Des réponses s’esquissent pourtant. En avril, à Marrakech, la quatrième édition du GITEX Africa a inauguré un espace consacré aux infrastructures intelligentes pour data centers, et le Maroc s’y est présenté, par la voix de son chef du gouvernement, comme une plateforme de référence en la matière. À Séoul encore, la Corée a mis sur la table un programme associant centres de données, infrastructures énergétiques et connectivité, tandis que la déclaration finale promet de soutenir des installations modulaires adaptées aux réalités locales. Autant d’engagements qui restent à convertir en capacités installées.

Or l’enjeu dépasse largement le secteur numérique. Pour les industriels et les opérateurs de services, qui ne se considèrent pas a priori comme des acteurs de la tech, la disponibilité et le coût de ces infrastructures détermineront, dans la décennie qui vient, la compétitivité de pans entiers de l’économie : maintenance prédictive, optimisation logistique, gestion énergétique. Rattraper le retard n’est donc plus une affaire d’ingénieurs.

Reste l’énergie, sans laquelle rien de tout cela ne tient. Un centre de données de taille industrielle réclame une alimentation stable et continue. C’est ce qui donne son relief à la cartographie officialisée en septembre par la République démocratique du Congo : 3 349 sites hydroélectriques recensés, pour un potentiel estimé à 167,25 gigawatts, dans un pays où un habitant sur cinq seulement a accès à l’électricité.

Un potentiel n’est pas une centrale. Tant que le courant manquera, le continent restera plus proche des 250 milliards que des mille.

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