En février 2026, Glencore a signé un accord de prépaiement avec Orion Minerals pour sécuriser la future production de la mine sud-africaine de Prieska, une facilité de 250 millions de dollars qui marque une inflexion stratégique : diversifier l’approvisionnement continental au-delà de la République démocratique du Congo. Car c’est là que repose le paradoxe central du groupe : ses deux mines du Lualaba, Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda Mining, ont produit 247 800 tonnes de cuivre en 2025, soit près de 30 % de sa production mondiale propre. Aucune autre région, dans un portefeuille pourtant déployé sur plus de quarante pays, ne pèse autant. Cette concentration n’est pas le fruit d’un simple arbitrage commercial, elle traduit une dépendance historique à une géologie exceptionnelle, dont la richesse n’a jamais garanti ni stabilité opérationnelle ni prévisibilité contractuelle. Depuis la création de KCC en 2008, les autorités congolaises ont régulièrement renégocié les termes fiscaux et capitalistiques des conventions minières, et la pression politique pour accroître la part nationale dans la rente minière ne montre aucun signe d’essoufflement. L’accord d’accès foncier conclu avec la Gécamines en février 2026 prolonge certes la durée de vie des gisements jusqu’aux années 2040, mais il n’efface pas le risque, il le recadre.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire la transaction annoncée le 3 février 2026 : Glencore a signé un protocole d’accord non contraignant pour la cession d’une participation de 40 % dans ses actifs congolais, KCC et Mutanda conjointement, à l’Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC), valorisant l’ensemble à environ neuf milliards de dollars. Ce consortium, constitué en octobre 2025 et piloté par Orion Resource Partners avec le soutien de la US International Development Finance Corporation et du fonds souverain d’Abou Dhabi ADQ, illustre l’offensive américaine sur les minéraux critiques en Afrique centrale. Washington cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en cuivre et cobalt, métaux indispensables à la transition énergétique et aux technologies de défense. Pour Glencore, l’opération permettrait de monétiser une partie de ses actifs tout en conservant le contrôle opérationnel, les mines resteraient gérées dans le périmètre du groupe. Elle signale également la volonté du groupe de ne plus porter seul le risque congolais. Le projet de Prieska s’inscrit dans cette même logique de rééquilibrage, par une voie différente : non plus la dilution du risque par cession partielle, mais l’adjonction de nouvelles sources d’approvisionnement géographiquement distinctes. Selon les données publiées par Orion Minerals, la mine devrait livrer, en régime de croisière, plus de 30 000 tonnes de cuivre et 65 000 tonnes de zinc annuellement, une fois les deux niveaux d’exploitation, Uppers et Deeps, pleinement opérationnels. Ces volumes restent modestes comparés aux installations congolaises, mais Prieska offre des avantages stratégiques que la RDC ne peut garantir : stabilité institutionnelle, infrastructures logistiques développées et cadre réglementaire prévisible. L’Afrique du Sud présente certes ses propres contraintes, délestages électriques intermittents, tensions sociales autour des licences minières, mais ces risques demeurent structurellement différents de ceux qui affectent la région des Grands Lacs.
Cette double opération, cession partielle en RDC, investissement en Afrique du Sud, s’inscrit dans le repositionnement global conduit par Gary Nagle depuis sa prise de fonction en juillet 2021. Sous sa direction, Glencore a cédé ou fermé de nombreuses opérations périphériques tout en annonçant en décembre 2025 un plan d’investissement de 24 milliards de dollars visant à doubler la production de cuivre d’ici 2035. L’Amérique latine, notamment le Chili avec Collahuasi et l’Argentine avec les perspectives d’Agua Rica, constitue l’autre axe de croissance prioritaire. Pour autant, le groupe ne renonce pas à la RDC : les permis de KCC ont été renouvelés en octobre 2024 pour quinze ans, et l’accord foncier de février 2026 avec la Gécamines prolonge la durée de vie de la mine jusqu’aux années 2040, avec une ambition affichée d’atteindre 300 000 tonnes de cuivre annuelles. Mais cette pérennité contractuelle ne suffit plus à justifier une dépendance à 30 % sur une seule juridiction. Le cuivre congolais reste stratégique, mais il n’est plus exclusif.
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