Du 12 au 16 octobre, l’African Energy Week a réuni au Cap gouvernements, compagnies nationales, financiers et développeurs autour d’une promesse sans détour : conclure des affaires. Reste à savoir combien de poignées de main deviendront des chantiers.
Les conférences sur l’énergie se comptent par dizaines sur le continent. Celle-ci revendique une singularité : elle ne se veut pas un lieu de débat, mais une place de marché. C’est du moins ainsi que la présente NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie, qui l’organise : un endroit où les ambitions deviennent des transactions, et où les conversations décisives se nouent souvent dans un couloir, entre deux sessions. L’édition 2026 s’est tenue au Centre international de conventions du Cap, sous le thème « Investir dans les énergies africaines : des capacités nouvelles, abordables et abondantes ». Elle s’est donné les moyens de cette ambition, avec cinq scènes de conférence, un forum dédié aux cessions de participations et une salle des transactions. Quinze projets pétroliers, gaziers, électriques et d’infrastructures y ont été présentés à des bailleurs de fonds, prêteurs commerciaux et investisseurs institutionnels. Les annonces de la semaine ont dessiné les priorités du moment. Les compagnies pétrolières nationales du continent ont signé une déclaration destinée à renforcer leur coopération et leur intégration régionale. L’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) a dévoilé sa stratégie révisée à l’horizon 2050, placée tout entière sous le signe de la souveraineté énergétique. La Chambre, de son côté, a scellé un partenariat de cinq ans avec S&P Global Energy et présenté avec lui ses perspectives pour 2027.
L’Afrique centrale n’a pas été en reste, et ses États se sont présentés en concurrents pour attirer les capitaux. La Guinée équatoriale sert de vitrine aux promoteurs de l’événement : son cycle d’attribution de licences 2026 illustrerait, selon eux, le passage des discussions de couloir à l’activité commerciale. Le Cameroun a profité de la semaine pour ouvrir, par la voix de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), le « Bid Round 2026 », un appel d’offres international portant sur ses blocs pétroliers. Le Gabon a présenté une réforme de son code pétrolier : conditions contractuelles plus souples, coûts d’entrée réduits, procédures allégées. Trois membres de la CEMAC, trois manières de solliciter les mêmes investisseurs. La concurrence entre voisins pour la même enveloppe d’exploration se joue désormais autant sur la qualité du cadre réglementaire que sur la richesse du sous-sol.
Le programme comportait aussi une première : un volet entièrement consacré à l’intelligence artificielle et aux centres de données. Le rapprochement n’a rien d’un effet de mode. Un centre de données consomme de l’électricité sans interruption, et son implantation dépend de réseaux capables de garantir cette continuité. La Chambre y voit une demande d’ancrage, c’est-à-dire une clientèle stable capable de justifier de nouvelles capacités de production. La souveraineté numérique passe aussi par les centrales.
Dehors, le ton était tout autre. Le mardi 13 octobre, des militants de Greenpeace Africa et d’Extinction Rebellion ont manifesté devant le centre de conventions pour réclamer l’arrêt de toute nouvelle exploration pétrolière et gazière. Leur présence posait la question que l’industrie préfère traiter en coulisse. Comment répondre à une demande d’énergie qui pourrait quadrupler d’ici 2040, selon la Chambre, sans renier les engagements climatiques ? Les promoteurs répondent que des ressources abondantes doivent d’abord servir le développement. Leurs opposants rétorquent que chaque nouveau gisement financé engage les États pour des décennies.
Dans les mêmes murs, l’African Mining Week s’est tenue du 14 au 16 octobre. Elle a mis en avant un mécanisme de financement devenu central pour les entrepreneurs du secteur : l’accord d’enlèvement, par lequel un acheteur s’engage à l’avance sur la production. Pour la banque, c’est un débouché garanti ; pour le promoteur, souvent la condition même du financement. L’exemple le plus parlant date d’avril. Le négociant Trafigura s’est engagé à acheter 700 000 onces d’or, sous forme de doré, produites par la mine ghanéenne de Bogoso-Prestea. L’exploitant, Heath Goldfields, est une société à capitaux ghanéens. Trafigura lui a aussi accordé 65 millions de dollars de dette pour relancer le traitement du minerai oxydé. L’opération rappelle toutefois qu’un contrat d’achat ne purge pas tous les risques. L’actif fait l’objet d’un arbitrage international engagé contre l’État ghanéen par Blue Gold, qui revendique les droits miniers. La même logique gagne l’énergie, où un contrat d’achat d’électricité ou de gaz sert désormais de socle au financement d’un projet. Au forum des compagnies nationales, Farid Ghezali, secrétaire général de l’APPO, ne disait pas autre chose. Il les a invitées à mettre en commun capacités, actifs et contrats d’enlèvement pour rendre leurs projets finançables.
Reste l’épreuve de vérité. Au lendemain de la clôture, la Chambre a revendiqué plus de 17 milliards de dollars d’engagements et 12 000 délégués, alors qu’elle en annonçait 9 000 quelques semaines plus tôt. Le chiffre impressionne ; il ne dit rien de ce qu’il recouvre. Aucune ventilation n’a été publiée, et les accords détaillés relèvent pour l’essentiel de partenariats techniques ou d’accords-cadres sans montant. Une annonce de salon n’est pas une décision finale d’investissement : c’est la traduction de ces engagements en chantiers qui permettra de juger l’événement. Pour les producteurs d’hydrocarbures d’Afrique centrale, ces rendez-vous offrent une vitrine. Ils rappellent aussi qu’aucun projet ne se finance sans cadre réglementaire stable ni partenaire capable d’exécuter. Au Cap, chacun a parlé d’action. Les prochains mois diront qui est passé à l’acte.
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