Croissance africaine : l’otage discret du Moyen-Orient

Croissance africaine : l’otage discret du Moyen-Orient

18 août 2026

Douze pays africains figuraient encore l’an dernier parmi les vingt économies les plus dynamiques au monde. Mais cette résilience, saluée par toutes les institutions multilatérales, repose sur un équilibre plus fragile qu’il n’y paraît, elle dépend directement de la durée d’un conflit que l’Afrique ne maîtrise pas.

La Banque africaine de développement table sur une croissance continentale de 4,2 % en 2026, avec une reprise espérée à 4,4 % en 2027, un ralentissement modeste par rapport aux 4,4 % enregistrés en 2025.  Ceci confirme que le continent reste l’une des régions les plus dynamiques au monde avec vingt-deux pays africains qui devraient encore afficher une croissance supérieure à 5 % en 2025. Ce chiffre continental, en apparence rassurant, masque toutefois une fragilité structurelle, car il dépend directement de la durée du conflit au Moyen-Orient, dont les effets se propagent bien au-delà de la région. Le mécanisme de contagion emprunte trois voies principales. La première concerne l’énergie, toute prolongation des tensions renchérit le coût du pétrole et du gaz, pesant sur les pays importateurs nets d’hydrocarbures, la majorité des économies d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe. La deuxième voie touche les engrais, dont les prix mondiaux restent sensibles aux perturbations logistiques régionales, avec un impact direct sur les rendements agricoles et la sécurité alimentaire. La troisième, plus diffuse mais tout aussi réelle, concerne le financement du développement : un contexte d’aversion au risque international détourne mécaniquement une partie des capitaux qui auraient pu se diriger vers les marchés africains, dans un continent où l’inflation moyenne est déjà attendue à 10,4 % en 2026.

Selon les scénarios de la BAD, un choc limité à deux ou trois mois, l’hypothèse de référence retenue dans le rapport, maintiendrait la croissance continentale autour de 4,2 %. Un enlisement de trois à six mois, avant un apaisement progressif des tensions, ferait en revanche reculer la croissance du PIB réel de 0,4 point de pourcentage, la ramenant à 4 % en 2026, un écart qui, ramené aux budgets nationaux, représente des marges de manœuvre fiscales et des investissements différés loin d’être négligeables pour des économies déjà contraintes par le service de la dette. Cette moyenne continentale dissimule par ailleurs des divergences nationales marquées : selon les données de la Banque mondiale, le Nigeria et l’Afrique du Sud affichent un raffermissement de leur croissance, porté par la diversification de leurs bases exportatrices et une inflation en reflux, tandis que plus largement, les pays exportateurs de produits de base industriels souffrent davantage que les économies plus diversifiées, confirmant une leçon désormais bien établie : la dépendance aux matières premières demeure le principal facteur de vulnérabilité macroéconomique du continent.

Face à ce risque, la BAD ne se contente pas d’alerter : elle pousse ses propres réponses institutionnelles. Le rapport met en avant le rôle de l’Agence africaine de notation de crédit, lancée en janvier 2026 pour corriger les biais perçus dans l’évaluation du risque souverain africain, ainsi que la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), pilier d’une stratégie visant à réduire la dépendance du continent aux capitaux extérieurs. Pour les décideurs africains, la leçon dépasse donc la seule conjoncture : elle interroge la capacité des États à absorber des chocs exogènes récurrents sans sacrifier leurs équilibres sociaux. La diversification productive, la préservation des recettes exceptionnelles tirées des cycles haussiers de matières premières et une utilisation plus rigoureuse des ressources internes ne relèvent plus de l’incantation : elles conditionnent la trajectoire de croissance du continent sur l’horizon 2026-2027. Les entreprises exposées aux importations d’intrants énergétiques ou agricoles ont, quant à elles, tout intérêt à intégrer ce risque dans leurs plans de couverture, plutôt que d’attendre une accalmie qui reste, à ce stade, incertaine.

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