AGOA : la loi qui hésite, un sursis commercial face à Washington

AGOA : la loi qui hésite, un sursis commercial face à Washington

27 juillet 2026

L’African Growth and Opportunity Act (AGOA) avait expiré le 30 septembre 2025, faute de renouvellement par le Congrès américain. Ce régime préférentiel, en vigueur depuis 2000, permet à une trentaine de pays d’Afrique subsaharienne d’exporter plus de 1 800 catégories de produits vers les États-Unis sans droits de douane. Un peu plus de quatre mois plus tard, le président Donald Trump a signé, le 3 février 2026, une loi prolongeant l’accord jusqu’au 31 décembre 2026, avec un effet rétroactif à la date d’expiration, ce qui permet aux entreprises ayant déjà réglé des surtaxes d’en obtenir le remboursement. La Chambre des représentants avait initialement voté une reconduction de trois ans ; c’est le Sénat qui a ramené la prolongation à une seule année, un compromis qui évite la rupture brutale sans dissiper l’incertitude de fond.

Le débat sur le renouvellement masque une dégradation plus large des conditions d’accès au marché américain. Depuis avril 2025, Washington applique des droits de douane spécifiques par pays et par secteur qui, selon la CNUCED, ont fait passer le taux moyen appliqué aux pays bénéficiaires de l’AGOA de moins de 0,5 % à environ 10 %, avec des hausses à deux chiffres sur plusieurs catégories de produits agricoles, textiles et de machines. Dans ce contexte, la prolongation d’un an de l’AGOA agit moins comme une garantie durable que comme un sursis : suffisant pour honorer les commandes déjà engagées, insuffisant pour convaincre un investisseur d’ouvrir une nouvelle ligne de production sur la base d’un accord révisable chaque année. Les filières textile et habillement, qui concentrent l’essentiel des emplois liés à l’AGOA, ont été les premières à encaisser le choc : au Kenya, plus de 66 000 personnes, en grande majorité des femmes, travaillent dans un secteur textile largement construit autour de l’accès préférentiel au marché américain, avec des exportations passées d’environ 50 millions à près de 500 millions de dollars depuis l’entrée en vigueur de l’AGOA. Certains industriels ont dû licencier dès l’annonce de l’expiration, à l’image du fabricant United Aryan, fournisseur de marques comme Levi’s et Wrangler, qui a supprimé 10 % de ses effectifs fin septembre 2025. « Il n’y a aucune chance de survivre », résume Pankaj Bedi, à la tête de la filière habillement au sein de la Kenya Association of Manufacturers. Le président kényan William Ruto a depuis plaidé publiquement pour une reconduction d’au moins cinq ans, un horizon jugé nécessaire pour sécuriser les investissements de long terme du secteur.

Tous les pays africains ne sont pas exposés de la même manière à ce bras de fer commercial. Les exportateurs de matières premières minières, République démocratique du Congo, Nigeria, Angola, sont relativement épargnés, leurs principales exportations bénéficiant déjà de droits de douane faibles ou d’exemptions indépendantes de l’AGOA. À l’inverse, l’Afrique du Sud, premier exportateur agricole du dispositif, avait vu jusqu’à deux tiers de ses exportations agricoles vers les États-Unis circuler en franchise de droits grâce à l’accord, pour une valeur record de 646 millions de dollars en 2022 ; des régions comme le Western Cape, fortement tournées vers l’export, restent donc directement exposées à toute nouvelle dégradation du dispositif.

Cette incertitude commerciale avec Washington ne se lit pas isolément : elle coïncide avec l’approfondissement des échanges entre la Chine et l’Afrique, en hausse de 24 % au premier semestre 2026, qui creusent en parallèle un déficit commercial africain désormais supérieur à 56 milliards de dollars. Pris entre un partenaire américain de plus en plus imprévisible et un partenaire chinois de plus en plus dominant, l’Afrique a-t-elle le temps de diversifier ses débouchés commerciaux avant que Washington ne referme la fenêtre ?

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