Publiée fin décembre 2025, la deuxième édition du Business Ready de la Banque mondiale évalue désormais 29 pays africains, contre 15 auparavant. Le Rwanda conserve son leadership continental, le Maroc et le Togo confirment, tandis que le Sénégal réussit une entrée remarquée. Au-delà des palmarès, le rapport délivre un message clair : en matière de climat des affaires, la constance des réformes pèse davantage que la richesse des nations.
Le Business Ready, ou B-Ready, est le successeur du Doing Business, suspendu par la Banque mondiale en 2021 après la révélation d’irrégularités dans le traitement des données des éditions 2018 et 2020. Contrairement à l’ancien indice, centré sur les petites et moyennes entreprises, le nouvel outil évalue le développement du secteur privé dans son ensemble à partir de trois piliers : le cadre réglementaire applicable aux entreprises, la qualité des services publics qui en accompagnent l’application et l’efficacité opérationnelle effectivement constatée sur le terrain. Cette deuxième livraison, publiée fin décembre 2025 à Washington, s’appuie sur une enquête menée auprès de 58 000 entreprises et 5 000 experts dans 101 économies, soit deux fois plus de pays couverts que lors de l’édition inaugurale. Elle passe au crible une dizaine de thématiques embrassant l’ensemble du cycle de vie de l’entreprise, de la création à l’insolvabilité.
À l’échelle mondiale, les résultats invitent à la modestie. La meilleure performance revient à la Corée du Sud, avec 78,24 points sur 100, tandis que la moyenne des économies évaluées s’établit à 60,11 points : autrement dit, aucun pays n’approche l’optimum. L’écart entre les textes et leur mise en œuvre demeure frappant : le pilier réglementaire affiche une moyenne de 66,3 points, contre 60 pour l’efficacité opérationnelle et 54 seulement pour la qualité des services publics. Partout, réglementer se révèle plus aisé que servir. C’est à l’aune de ces références que les performances africaines prennent tout leur relief.
Le continent compte cette année 29 pays évalués, contre 15 auparavant, dont 27 en Afrique subsaharienne, avec l’entrée de nouveaux venus comme le Bénin, le Sénégal, la Tunisie, la Namibie ou la République démocratique du Congo. Le Rwanda conserve la première place continentale, avec un score global de 67,94 points, porté par de solides performances sur le cadre réglementaire (72,54) et l’efficacité opérationnelle (71,47), malgré un résultat plus modeste sur la qualité des services publics (59,81). Le Maroc se hisse au deuxième rang africain avec 63,44 points, en progression par rapport à 2024 (62,41) et au-dessus de la moyenne mondiale, devant Maurice (63,20), qui recule d’une marche. Le Togo occupe la quatrième position continentale (61,52), ce qui en fait le premier pays d’Afrique de l’Ouest et le troisième d’Afrique subsaharienne, derrière le Rwanda et Maurice. Le Sénégal, qui figure pour la première fois dans le classement, s’y positionne d’emblée parmi les dix premiers africains, une entrée que les autorités présentent comme la reconnaissance des réformes de simplification administrative engagées ces dernières années. Au-delà des palmarès nationaux, le rapport livre un enseignement transversal, valable pour l’ensemble du continent : le niveau de revenu d’un pays ne détermine pas mécaniquement la qualité de son climat des affaires. Des économies à revenu intermédiaire, à l’image du Togo, peuvent devancer des pays bien plus riches grâce à la cohérence et à la continuité de leurs réformes réglementaires. La Banque mondiale pointe cependant des angles morts persistants, y compris chez les meilleurs élèves africains : les services publics spécialisés, le commerce international, la politique de concurrence et la réglementation du travail demeurent les domaines où les marges de progression restent les plus importantes.
Cette édition ne constitue d’ailleurs qu’une étape. Conçu comme un déploiement progressif sur trois ans, le B-Ready doit couvrir plus de 160 économies d’ici fin 2026, ce qui donnera alors une photographie quasi complète du continent africain. Pour les gouvernements comme pour les investisseurs, le rendez-vous est désormais installé : année après année, il mesurera moins la richesse des nations que leur capacité à transformer les réformes en résultats tangibles pour les entreprises. C’est précisément sur ce terrain que se jouera la prochaine hiérarchie africaine du climat des affaires.
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