Le nord ivoirien bascule vers l’énergie solaire made in Côte d’Ivoire

Le nord ivoirien bascule vers l’énergie solaire made in Côte d’Ivoire

9 juillet 2026

Inaugurée le 3 juillet à Sokoro 2, la centrale photovoltaïque Ferké Solar illustre une nouvelle génération de projets énergétiques ivoiriens : financés, construits et exploités par des acteurs locaux, avant transfert à l’État. Un modèle salué comme vertueux pour les finances publiques, reste à voir s’il peut suivre le rythme des besoins d’une région où la demande d’électricité progresse plus vite que les centrales.

Le Vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a procédé le vendredi 3 juillet 2026 à l’inauguration officielle de la centrale photovoltaïque Ferké Solar, en présence du ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly. Implantée à Sokoro 2, dans la sous-préfecture de Ferkessédougou, cette installation devient la deuxième centrale solaire de cette envergure en Côte d’Ivoire après celle de Boundiali. Le chantier s’est distingué par sa rapidité d’exécution : treize mois seulement séparent la pose de la première pierre, le 2 février 2025, de la mise en service commerciale. Sur 70 hectares, 73 341 panneaux photovoltaïques de dernière génération ont été déployés pour une puissance installée de 52,4 mégawatts-crête. La production annuelle attendue, de l’ordre de 90 gigawattheures, devrait couvrir les besoins d’environ 370 000 foyers. L’investissement total s’élève à 41 milliards de FCFA, mobilisés par des capitaux privés et des financements internationaux, dont la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), arrangeur principal du montage.

Porté par PFO Énergies, filiale du groupe panafricain PFO Africa jusqu’ici davantage connu pour les travaux publics et les concessions d’infrastructure, Ferké Solar constitue le premier grand projet solaire ivoirien entièrement développé, financé et construit par un producteur indépendant local. Le montage retenu est un contrat de type BOT (construction, exploitation, transfert) : le développeur assume l’ensemble des coûts d’exploitation et de maintenance, en contrepartie des revenus garantis par le contrat d’achat d’électricité conclu avec la Compagnie ivoirienne d’électricité, avant transfert final de l’actif à l’État. Clyde Fakhoury, administrateur de PFO Africa, résume l’intérêt de ce schéma pour les finances publiques : le risque est porté par le secteur privé, tandis que le bénéfice patrimonial revient durablement à l’État, sans alourdir la dette souveraine, un argument qui pèse lourd pour des gouvernements ouest-africains soumis à des contraintes budgétaires croissantes, et qui pourrait inspirer d’autres montages similaires sur le continent.

Au-delà de l’aspect financier, Ferké Solar répond à un enjeu structurel : la dépendance historique du nord ivoirien à des lignes de transport électrique longue distance depuis les centrales concentrées dans le centre et le sud du pays. L’implantation d’une capacité de production locale à Sokoro 2 réduit cette dépendance et sécurise l’approvisionnement d’une région où la demande progresse rapidement. Le projet a mobilisé plus de 600 emplois pendant la construction, et devrait maintenir une quinzaine d’emplois pérennes en phase d’exploitation, prioritairement réservés aux populations du Tchologo.

Ferké Solar rejoint d’autres projets solaires déjà engagés dans le nord ivoirien. À Kong, dans cette même région du Tchologo, la construction d’une centrale de 50 mégawatts a débuté en octobre 2025, portée par la coentreprise Kong Solaire (InfraCo Africa et Africa Via, rejoints depuis par Axian Energy). À Korhogo, le projet Poro Power, une centrale de 66 mégawatts financée notamment par une obligation verte inédite en zone UEMOA, doit pour sa part entrer en service en 2027. Cette accumulation de projets confirme une stratégie assumée de diversification géographique de la production électrique nationale : les autorités visent une capacité solaire cumulée dépassant 1 300 mégawatts d’ici 2035 dans cette seule zone, avec de nouveaux projets annoncés à Katiola, Bouna, Bondoukou, Dabakala et Touba. À l’échelle nationale, l’objectif affiché est de porter la part des énergies renouvelables à 46,3 % du mix électrique d’ici 2035, dans un pays où le taux d’accès à l’électricité est passé de 33,1 % en 2011 à plus de 90 % aujourd’hui.

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