Le 26 juin 2026, l’inauguration de l’usine agroalimentaire Denky à Bandenkop, arrondissement de Bangou (Hauts-Plateaux, Ouest), a réuni le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, la chefferie traditionnelle et le partenaire bancaire du projet, BGFIBank Cameroun. Mais la cérémonie, soigneusement orchestrée par la société Meta Invest SA et sa dirigeante Lisette Claudia Tame, est intervenue alors qu’un différend territorial entre groupements de l’arrondissement restait, à ce jour, sans réponse administrative publique.
Lisette Claudia Tame dirige déjà deux unités de transformation du cacao, dont une inaugurée à Mbankomo (région du Centre) en janvier 2025 sous la marque Ca’Oly. Denky marque sa première implantation hors du secteur cacaoyer, avec une gamme élargie, maïs, sucre, plantain, pomme de terre, fruits, viande porcine, destinée à produire corn flakes, chips, fruits séchés, compotes et saucissons. Le choix de Bandenkop, village d’origine de la promotrice, s’inscrit dans la ligne des appels du gouvernement à mobiliser entrepreneurs nationaux et diaspora autour de l’industrialisation des régions rurales.
Le projet est ambitieux, mais les chiffres communiqués divergent sensiblement selon les médias. Cameroon Tribune, citant la cérémonie officielle, détaille une capacité visée de 500 tonnes de maïs, 5 000 tonnes de sucre, 300 tonnes de plantain et de pomme de terre et 200 tonnes de fruits et légumes par an, pour 150 emplois directs et 200 indirects, sur un terrain de 5 000 m². D’autres organes avancent une capacité globale de 5 200 tonnes pour cinq références de grande consommation, plus de 100 emplois directs et près de 450 indirects, sur une concession de trois hectares. Aucune communication unique et chiffrée de Meta Invest SA n’a permis de trancher ces écarts à ce stade. ce qui invite à la prudence sur les chiffres définitifs tant qu’une source primaire et consolidée n’aura pas été produite.
C’est précisément autour du terrain que le dossier s’est tendu dans les jours ayant précédé la cérémonie. Le 17 juin, le Conseil de la communauté Bandenkop de Yaoundé a publié un communiqué présentant le site comme une « terre ancestrale Bandenkop », suscitant la contestation d’autres groupements de l’arrondissement. Le même jour, le sous-préfet de Bangou a dû publier un appel au calme (communiqué radio N°051/CR/F.38-03), rappelant que le terrain relève du domaine de l’État et de l’arrondissement, et que l’approvisionnement associera sans distinction les producteurs de Bandenkop, de Bangou et de Bapa.
Le 24 juin, deux jours avant l’inauguration, les élites Bangou de Yaoundé ont adressé une lettre officielle au sous-préfet, posant quatre questions précises restées sans réponse publique : dans quel arrondissement se situe administrativement le site ; sur quelle base légale et foncière l’implantation a été autorisée ; qui a validé l’affectation du terrain, et à quel moment ; pourquoi ces informations ne sont pas rendues publiques. Le document se conclut par une réserve explicite de droits territoriaux, opposable devant toute juridiction. Les deux ministres se sont néanmoins rendus sur place comme prévu, et la cérémonie s’est déroulée sans incident visible, mais sans qu’aucune de ces quatre questions ait trouvé de réponse à ce jour.
Une unité intégratrice de cette taille peut transformer durablement l’économie d’un arrondissement marqué par des rivalités anciennes entre groupements, à condition de s’approvisionner de manière régulière et équitable auprès de l’ensemble des producteurs concernés. C’est là que se situe l’enjeu réel de Denky, bien davantage que dans le nombre de tonnes annoncées ou de personnalités présentes le jour J. Si le flou persiste sur le statut du terrain, ou si l’approvisionnement favorise de fait une communauté au détriment des autres, la promesse d’industrialisation inclusive portée par ce projet risque de se heurter aux mêmes tensions qui ont failli compromettre son lancement. BGFIBank Cameroun, présent en première ligne lors de l’inauguration, aura tout intérêt à suivre ce dossier de près : un différend territorial non résolu demeure un risque pour tout financement adossé à un actif industriel.
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