Yaoundé-Washington : sept milliards de dollars de promesses à concrétiser

Yaoundé-Washington : sept milliards de dollars de promesses à concrétiser

1 octobre 2026

Le premier dialogue économique entre le Cameroun et les États-Unis s’est conclu sur l’annonce de quelque 7 milliards de dollars d’opportunités. Un signal fort dans une relation longtemps dominée par la sécurité, mais dont la valeur se mesurera à la capacité de transformer des intentions en contrats.

Il aura fallu plus de soixante-cinq ans de relations diplomatiques pour que Yaoundé et Washington s’assoient autour d’une table exclusivement économique. Le 27 août 2026, la capitale camerounaise a accueilli le premier Dialogue économique et commercial bilatéral entre les deux pays, coprésidé par Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), et Sarah Troutman, sous-secrétaire d’État adjointe chargée des affaires africaines, en présence de représentants des administrations et du secteur privé. Le rendez-vous marque un déplacement de curseur notable dans une relation restée, depuis des décennies, largement dominée par la coopération sécuritaire face à Boko Haram et aux groupes armés du Nord.

Ce format inédit répond à des intérêts bien compris de part et d’autre. Pour Yaoundé, il s’agit de diversifier ses partenaires au-delà de la France et de la Chine, dans un contexte commercial peu favorable avec Washington. Exclu de l’AGOA depuis le 1er janvier 2020 en raison de violations des droits humains, le Cameroun ne figure pas parmi les bénéficiaires de la prolongation du régime préférentiel jusqu’à fin 2028, approuvée par le Sénat américain le 7 août dernier. Les échanges de biens et services entre les deux pays ont dépassé 395 milliards de francs CFA en 2025, mais l’Amérique du Nord ne pèse encore que 5,6 % des exportations camerounaises, loin derrière l’Union européenne, qui en absorbe la moitié. Pour Washington, l’enjeu est tout aussi net : sécuriser l’accès à des ressources minières stratégiques sur un continent où la Chine s’est solidement implantée dans le secteur extractif. Les projets miniers évoqués à Yaoundé en témoignent, tout en illustrant le chemin qui reste à parcourir. Le gisement de rutile que Tronox développe avec l’australien Lion Rock, valorisé à 500 millions de dollars, n’en est qu’au stade de l’exploration, et American Renaissance Minerals, en discussion sur le gisement de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna, n’a pas encore obtenu de nouveau permis minier. La réforme du secteur figurait d’ailleurs à l’ordre du jour, avec la fiscalité, le transport maritime et la logistique.

Les annonces, elles, n’ont pas manqué. Selon l’ambassade des États-Unis, les responsables ont présenté environ 7 milliards de dollars de nouvelles opportunités d’investissement et de commerce, ainsi que d’extensions d’investissements existants. Le barrage hydroélectrique de Grand Eweng, sur la Sanaga, porté par l’investisseur new-yorkais Hydromine pour 3,5 milliards de dollars, en représente à lui seul la moitié. Viennent ensuite un aéroport de 2 milliards de dollars dans l’agglomération de Douala, des salles de spectacle à Yaoundé, Douala et Bamenda pour 230 millions, ainsi qu’un centre de données de 75 millions annoncé par Cybastion.

C’est pourtant là que réside la limite de l’exercice. L’ambassade elle-même parle de projets « à différents stades de développement ». La lecture attentive de son communiqué est instructive, le projet d’aéroport, deuxième poste de l’enveloppe, est seulement « en discussions » entre le groupe A. Epstein and Sons International et son partenaire financier ITF, et aucun engagement contraignant n’est mentionné. Les annonces les plus avancées sont aussi les plus modestes, à l’image de la vente d’équipements de 83 millions de dollars conclue par Hoffman Equipment, ou de l’entrepôt que FedEx prépare avec Globex Cameroun à l’aéroport de Douala. Le ministre l’a reconnu à demi-mot, en déclarant compter « beaucoup, surtout sur le secteur privé » pour transformer le dialogue en réalisations tangibles. Pour les entreprises camerounaises, la question est désormais celle du suivi, et entre l’annonce politique et la matérialisation économique, le délai se compte souvent en années plutôt qu’en mois.

Reste que le symbole est réel, et qu’il est appelé à durer. Le dialogue doit se tenir chaque année, et des groupes de travail conjoints seront chargés de suivre les engagements d’ici la prochaine session, prévue aux États-Unis en 2027. Ce sera le véritable test de crédibilité pour les deux capitales, dans un an, les sept milliards de 2026 devront avoir commencé à prendre la forme de chantiers.

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