Investissements en Afrique : du monopole chinois à la compétition multipolaire

Investissements en Afrique : du monopole chinois à la compétition multipolaire

5 janvier 2026

Pendant plus de vingt ans, la Chine a occupé une place centrale dans le financement des infrastructures africaines, devenant le partenaire incontournable de nombreux États. Routes, ports, chemins de fer et centrales électriques ont été construits à un rythme inédit, portés par des prêts souverains massifs et une diplomatie économique offensive. Le chemin de fer Addis-Abeba–Djibouti, le port de Doraleh ou encore les autoroutes kenyanes sont autant de symboles de cette présence structurante. Pourtant, ce cycle arrive à maturité. Les prêts chinois à l’Afrique subsaharienne sont passés de près de 30 milliards de dollars en 2016 à moins de 5 milliards en 2023, atteignant leur niveau le plus bas depuis deux décennies. Ce reflux ne traduit pas un désintérêt, mais une contrainte structurelle. La crise immobilière en Chine, la faiblesse de la demande intérieure et l’exposition croissante aux risques de défaut africains ont poussé Pékin à revoir ses priorités. Le financement des projets liés aux Nouvelles Routes de la Soie a chuté de plus de 50 % en Afrique entre 2021 et 2022. Des pays comme le Kenya, l’Angola ou la Zambie, qui concentrent une part importante de la dette envers la Chine, ont vu leurs demandes de nouveaux prêts scrutées avec une rigueur accrue, incitant les banques chinoises à adopter une posture plus prudente. Les mégaprojets emblématiques ont laissé place à des investissements plus ciblés, notamment dans l’énergie renouvelable, les infrastructures numériques et les zones économiques spéciales. Si la Chine demeure un acteur majeur du développement africain, son hyperactivisme des années 2000-2010 appartient désormais au passé, marquant un tournant stratégique au moment même où l’Inde accélère sa présence sur le continent, redessinant progressivement la géographie des influences économiques en Afrique.

Du partenaire unique à la pluralité stratégique

Dans cet espace laissé par le reflux chinois, l’Inde progresse selon une approche distincte, privilégiant les investissements privés, la coopération technique et le renforcement des compétences locales plutôt que les prêts souverains massifs. Les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique ont dépassé 103 milliards de dollars en 2023, tandis que les investissements cumulés s’élèvent à environ 74 milliards, soutenus notamment par une diaspora active estimée à plus de trois millions de personnes et par un discours de coopération Sud-Sud perçu comme moins intrusif. New Delhi mise sur des secteurs stratégiques : technologies de l’information, pharmaceutiques génériques, énergies solaires et formation professionnelle. Des programmes comme les lignes de crédit concessionnelles de l’EXIM Bank indienne, les bourses d’études de l’Indian Technical and Economic Cooperation, ou encore les projets de télé-éducation panafricains structurent cette montée en puissance. Cette progression reste toutefois limitée par des capacités financières inférieures à celles de la Chine et par une concentration persistante dans les secteurs extractifs et les services. Cette évolution s’inscrit dans une recomposition plus large du paysage des investissements en Afrique, où la diversification des partenaires devient un levier stratégique.

En 2024, les investissements directs étrangers ont atteint un niveau record de 97 milliards de dollars, tirés par l’Europe (qui demeure le premier investisseur), les États-Unis (focalisés sur l’énergie et la sécurité), les pays du Golfe (infrastructures et agriculture), ainsi que par la Chine et l’Inde. Cette concurrence accrue offre aux États africains une marge de manœuvre inédite pour négocier de meilleures conditions, exiger des transferts de technologies plus substantiels et renforcer le contenu local dans les projets d’infrastructure. L’enjeu n’est plus de substituer un partenaire dominant à un autre, mais d’orchestrer cette pluralité afin d’imposer des standards plus exigeants en matière de gouvernance, de transparence et de retombées locales. À condition que les gouvernements africains développent les capacités institutionnelles nécessaires pour gérer cette complexité, cette nouvelle configuration peut transformer l’attractivité du continent en un véritable levier de souveraineté économique et de développement durable, où les partenariats extérieurs servent les priorités définies localement plutôt que l’inverse.

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