Coumba Diallo, Managing Partner de Peacock Capital Advisors Group
L’Afrique attire de plus en plus d’investisseurs, mais les meilleures opportunités passent d’abord par une bonne structuration des projets. Dans cet entretien, Coumba Diallo, Managing Partner de Peacock Capital Advisors Group (PCAG), décrypte ce qui bloque encore les flux d’investissement, comment les projets africains peuvent gagner en crédibilité et pourquoi la prochaine étape de la croissance africaine se jouera dans la qualité de la structuration, plus que dans l’abondance des idées.
AFRICA CEO: Pourquoi, selon vous, les investisseurs s’intéressent‑ils de plus en plus à l’Afrique, alors que beaucoup de décideurs continuent à voir le continent comme un terrain à risques plutôt que comme un réservoir de croissance ?
Coumba Diallo: L’intérêt pour l’Afrique s’inscrit dans une logique mondiale de recherche de croissance et de rendement. Le continent recèle un potentiel considérable, avec des besoins d’investissement massifs encore très loin d’être pleinement couverts, que ce soit en infrastructures, énergie, logement, agritech ou services financiers.
Les grands fonds, les investisseurs institutionnels et même certains acteurs privés cherchent désormais des marchés où la croissance reste structurée sur le long terme, et l’Afrique, avec sa démographie, son urbanisation accélérée et ses lacunes infrastructures, offre justement ce type de perspective. Pourtant, tant que les projets manquent de lisibilité, de robustesse juridique et de traçabilité financière, cette attente reste largement sous‑exploitée.Cette attraction croissante vient aussi du fait que les investisseurs comprennent de plus en plus que le risque ne se résume pas à la géographie, mais à la qualité de la structure derrière chaque projet. L’Afrique n’est pas intrinsèquement plus risquée qu’un autre marché si l’on sait organiser les flux, clarifier les responsabilités, sécuriser les montages et améliorer la gouvernance. C’est précisément ce manque de structuration rigoureuse qui explique pourquoi l’Afrique attire de plus en plus d’attention, mais attire encore trop peu de capitaux effectivement déployés. Transformer cette tendance, c’est montrer que l’on peut combiner rendement, contrôle du risque et impact durable.
AFRICA CEO: L’Afrique est-elle aujourd’hui mieux préparée pour capter ces flux d’investissement ?
Coumba Diallo: Oui, à condition de bien structurer les projets. Il n’y a pas de pénurie de capitaux, ni de manque d’idées. Le vrai sujet, c’est la qualité de la structuration. Un investisseur veut comprendre la rentabilité du projet, les risques associés, les mécanismes de sécurisation et les conditions de sortie. Dès qu’un projet est clair, crédible et bien présenté, l’investissement devient beaucoup plus accessible. Sans cela, même un bon projet peut passer à côté de son financement.
AFRICA CEO: L’Afrique fait face à un paradoxe majeur : d’un côté, une abondance de capitaux internationaux à la recherche de rendement ; de l’autre, un déficit de financement pour des projets d’envergure. Quel est précisément le rôle de Peacock Capital Advisors Group (PCAG), dans cet écosystème ?
Coumba Diallo: Le rôle de Peacock Capital Advisors Group (PCAG) consiste avant tout à agir comme un architecte de la confiance entre deux mondes qui peinent parfois à se comprendre : les promoteurs de projets locaux et les détenteurs de capitaux internationaux. En se concentrant sur la structuration, PCAG transforme des opportunités souvent brutes en actifs financiers « bankables », répondant aux standards de rigueur et de transparence exigés par les investisseurs. Il ne s’agit pas simplement de trouver de l’argent, mais de bâtir une ingénierie financière et juridique solide qui rend les opérations lisibles et crédibles. En agissant ainsi, le cabinet lève le principal frein à l’investissement en Afrique : l’asymétrie d’information qui fait percevoir le continent comme une zone de risque élevé plutôt que comme un gisement de rendement. Par ailleurs, dans un contexte où les investisseurs délaissent la spéculation court-termiste pour des secteurs structurels tels que l’énergie et les infrastructures, la valeur ajoutée de PCAG réside dans sa capacité à mitiger les risques spécifiques au terrain africain.
AFRICA CEO: Quels sont les critères non négociables pour attirer un investisseur international ?
Coumba Diallo: Le premier critère, c’est la lisibilité des risques. Le second, c’est la conformité aux standards internationaux. Un investisseur ne cherche pas seulement une bonne idée : il veut comprendre comment son argent sera utilisé, protégé et valorisé. Il faut donc un dossier solide, avec des flux clairs, une gouvernance lisible et une architecture de projet rassurante. Il est à préciser que le risque ne se limite pas à la gouvernance ou à la corruption, même si ces éléments peuvent évidemment compter. Il s’agit plus largement de tout ce qui peut empêcher un projet d’aller au bout de son exécution ou de produire les rendements attendus. Un projet bien structuré doit permettre à l’investisseur de comprendre très concrètement où il met son argent et comment il le récupère.
AFRICA CEO: Avez-vous un exemple concret de projet structuré avec succès ?
Coumba Diallo: Oui. Nous avons par exemple coordonné et structuré un projet de logements d’environ 2 000 unités, pour un coût global de 25 milliards de francs CFA. Le potentiel était fort, mais le projet n’était pas immédiatement finançable car les flux n’étaient pas suffisamment lisibles. Après structuration, nous avons pu mobiliser les financements, aller jusqu’au closing, puis accompagner la livraison des villas. C’est typiquement le genre d’opération où la structuration fait toute la différence.
AFRICA CEO: On estime que près de 40% du patrimoine privé africain est détenu en dehors du continent. Alors que les investisseurs étrangers scrutent les opportunités africaines, les élites économiques locales, qui possèdent pourtant la connaissance du terrain, privilégient souvent la sécurité des marchés occidentaux. Les grandes fortunes africaines hésitent-elles encore à investir localement ?
Coumba Diallo: Il existe déjà de nombreux profils africains très engagés, qui investissent déjà sur le continent, et d’autres qui restent plus prudents. L’hésitation de certaines grandes fortunes africaines à investir localement ne traduit pas un manque de patriotisme économique, mais plutôt une stratégie de préservation du patrimoine face à des environnements souvent perçus comme volatils. Cette prudence s’explique par la nécessité de se protéger contre les dévaluations monétaires et l’instabilité institutionnelle, poussant de nombreux investisseurs locaux à chercher des refuges financiers en Europe ou à Dubaï. Le clivage se situe entre ceux qui acceptent de naviguer dans cette complexité et ceux qui attendent des garanties plus formelles. Pour ces derniers, le frein n’est pas le manque de liquidités, mais l’absence de « projets vitrines » offrant un niveau de transparence et de sécurité juridique comparable aux standards internationaux. C’est précisément ici que la structuration professionnelle intervient comme le catalyseur indispensable du réengagement des capitaux locaux. En transformant des opportunités souvent informelles ou familiales en dossiers rigoureusement documentés, des cabinets comme PCAG permettent de réduire la perception du risque subjectif.
Un projet dont la gouvernance est claire et les flux de trésorerie audités devient immédiatement plus attractif pour un investisseur africain qui, au-delà du rendement financier, cherche également à minimiser son exposition aux aléas opérationnels. En définitive, plus l’écosystème gagnera en qualité de structuration, plus les grandes fortunes locales percevront l’investissement domestique non plus comme un risque politique, mais comme une opportunité de croissance pérenne et de souveraineté économique.
AFRICA CEO: Pourquoi, au fond, devrait-on croire en l’Afrique aujourd’hui ?
Coumba Diallo: Parce que l’Afrique reste l’un des derniers grands espaces de croissance structurelle au monde. Mais cette croissance n’est pas automatique. Elle doit être construite avec rigueur, discipline et vision. Si nous parvenons à mieux structurer les projets, à mieux maîtriser les risques et à mieux connecter les capitaux aux opportunités, alors l’Afrique pourra capter une part beaucoup plus importante de la valeur de demain.
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