ERP en Afrique : l’outil est là, la vision manque

ERP en Afrique : l’outil est là, la vision manque

17 février 2026

De la banque à l’industrie, les entreprises africaines investissent massivement dans des solutions de gestion intégrée. Pourtant, entre 55 et 75 % de ces projets n’atteignent pas leurs objectifs. En cause : moins la technologie que le déficit de pilotage stratégique.

Les solutions de gestion intégrée se sont imposées comme des instruments clés pour les organisations cherchant à structurer leur croissance, fiabiliser leurs données et améliorer leur gouvernance interne. En Afrique, banques, groupes industriels, opérateurs télécoms, entreprises publiques et PME en phase d’expansion multiplient les initiatives de déploiement dans un marché régional en forte progression. Pourtant, selon les principales études internationales, notamment celles de Gartner et du Standish Group, entre 55 et 75 % des projets ERP n’atteignent pas leurs objectifs, qu’il s’agisse de dérives budgétaires, de calendriers non maîtrisés ou de rejet par les utilisateurs finaux. Ce constat, désormais récurrent à l’échelle mondiale, prend en Afrique une résonance particulière, tant les fragilités structurelles du contexte local en amplifient les effets.

L’une des principales causes d’échec réside dans une approche excessivement techniciste. Dans de nombreuses organisations africaines, ces projets sont conduits comme des chantiers informatiques pilotés quasi exclusivement par les équipes IT. Or, une solution de gestion intégrée constitue avant tout un levier de transformation organisationnelle, impliquant une remise à plat des processus, des circuits de validation et parfois des équilibres de pouvoir internes. Faute d’une vision stratégique clairement définie en amont, les outils déployés se révèlent techniquement performants mais insuffisamment alignés avec les priorités opérationnelles et commerciales. Cette fragilité est souvent aggravée par un engagement limité de la direction générale : lorsque le top management se contente de déléguer sans arbitrer, le programme devient un terrain de compromis, chaque département cherchant à préserver ses pratiques existantes. L’absence de leadership clair alourdit considérablement la prise de décision et compromet la cohérence d’ensemble.

À ces limites stratégiques s’ajoute un déficit de structuration des procédures internes. Un système intégré ne corrige pas des dysfonctionnements préexistants : il les met en lumière et peut même en amplifier les effets. Dans nombre d’entreprises africaines, notamment parmi les ETI en phase de structuration, les modes opératoires restent partiellement informels, dépendants de la mémoire de collaborateurs clés ou de pratiques non documentées. Plutôt que de mener en amont un travail de cartographie et d’optimisation des processus, certaines organisations préfèrent adapter l’outil à leurs habitudes, conduisant à une prolifération de développements spécifiques, coûteux, complexes à maintenir et sources d’instabilité. Progressivement, la solution perd son caractère standardisant, devient difficilement évolutive et se révèle incapable d’accompagner la croissance future.

Les organisations qui réussissent leur transformation adoptent une logique inverse : elles commencent par clarifier les objectifs recherchés, amélioration du contrôle de gestion, traçabilité accrue, conformité réglementaire, réduction des coûts ou appui à une expansion régionale, avant de choisir la solution et les partenaires en conséquence. Elles investissent dans une gouvernance robuste, portée par l’implication directe de la direction générale et une communication transparente avec l’ensemble des parties prenantes, tout en plaçant l’accompagnement des équipes au cœur du dispositif. La technologie suit la stratégie. Jamais l’inverse.

En Afrique, les défaillances observées relèvent moins d’une limite technologique que d’un déficit de pilotage stratégique. À l’heure où la compétitivité repose de plus en plus sur la qualité des données, des processus et de la gouvernance, et où le marché africain des ERP est appelé à plus que doubler d’ici 2032, la réussite d’un tel projet dépend avant tout de la capacité des dirigeants à porter une vision claire, cohérente et pleinement assumée.

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