Fraîchement réélu président des États-Unis en 2024, Donald Trump ravive un sujet explosif sur la scène internationale : la situation des fermiers blancs en Afrique du Sud. En dénonçant une « persécution raciale » et en menaçant Pretoria de sanctions, il adopte une posture offensive qui interroge sur les véritables ressorts de sa politique étrangère. Entre rhétorique identitaire, calcul géopolitique et diplomatie à haut risque, cette prise de position soulève autant d’inquiétudes que de réactions. En février 2025, lors d’un point presse à la Maison Blanche, Donald Trump a de nouveau dénoncé ce qu’il considère comme une injustice flagrante : les saisies de terres appartenant à des fermiers blancs en Afrique du Sud. Il a qualifié la situation de « persécution raciale » et a affirmé que son administration envisageait des sanctions ciblées à l’encontre du gouvernement sud-africain. Cette déclaration rappelle une précédente intervention, en 2018, alors qu’il était déjà président. À l’époque, Trump avait tweeté son inquiétude à propos des « meurtres de fermiers blancs » et demandé une enquête. Cette fois, le ton est plus direct, plus offensif, et s’inscrit dans un contexte diplomatique déjà marqué par de profondes recompositions.
Plusieurs raisons expliquent cette résurgence soudaine d’un dossier sensible :
Le gouvernement sud-africain poursuit, depuis la fin de l’apartheid, une réforme agraire visant à corriger les déséquilibres fonciers hérités de l’époque coloniale. Ce processus s’inscrit dans un cadre constitutionnel, avec des mécanismes de compensation financière, bien loin de la vision d’une expropriation arbitraire généralisée. Les violences contre les fermiers, bien qu’existantes, concernent toutes les communautés et relèvent davantage de l’insécurité rurale que d’une campagne ciblée. Aucune donnée officielle ne corrobore les accusations d’un prétendu « génocide blanc », un terme parfois évoqué dans les discours de l’extrême droite internationale. Le gouvernement sud-africain a vivement réagi aux propos du président américain, dénonçant une nouvelle tentative d’ingérence dans ses affaires internes, et rappelant que la réforme agraire reste une priorité nationale dans le cadre d’un processus démocratique.
Trump peut-il réellement changer le cours des événements en Afrique du Sud ? Sur le plan concret, les leviers de pression sont limités. Toute sanction économique devrait passer par le Congrès, et une dégradation ouverte des relations serait politiquement coûteuse pour les deux pays, notamment dans les domaines commercial et sécuritaire. Mais le risque le plus important est ailleurs : celui d’un isolement croissant des États-Unis sur le continent africain. En adoptant une posture unilatérale, peu documentée et perçue comme néocoloniale, Trump alimente un rejet de plus en plus visible des ingérences extérieures. De nombreux pays africains — et au-delà — voient dans ce discours un rappel des vieilles logiques de domination. Plutôt que de renforcer l’image des États-Unis comme garants des droits fondamentaux, cette posture pourrait produire l’effet inverse : réactiver un anti-américanisme latent, non seulement en Afrique, mais aussi dans d’autres régions du monde. En s’arrogeant le droit de juger un processus démocratique au nom de principes sélectifs, Trump renforce l’idée d’un double standard occidental.
Dans un monde multipolaire où les pays cherchent à diversifier leurs alliances, ce type d’intervention pourrait précipiter un basculement stratégique : de nombreux États pourraient se tourner davantage vers des partenaires comme la Chine, la Russie, l’Inde ou les pays du Golfe, perçus comme moins moralisateurs. Les mois à venir seront décisifs. La réaction de Pretoria, les prises de position des autres pays africains, et l’attitude des alliés occidentaux — notamment l’Union européenne — diront si cette tension s’inscrit dans une crise passagère ou dans un changement plus profond d’équilibres géopolitiques. L’Afrique du Sud, de son côté, pourrait utiliser cette pression extérieure comme un catalyseur pour renforcer sa souveraineté diplomatique et accélérer ses partenariats avec les puissances émergentes. Ce réalignement, s’il s’opère, aurait des conséquences bien au-delà du seul dossier agraire. Pour les États-Unis, le véritable défi sera de choisir entre une diplomatie de confrontation fondée sur des récits idéologiques ou une stratégie d’influence renouvelée, plus respectueuse des trajectoires historiques et des souverainetés nationales. Faute de quoi, cet épisode pourrait marquer un tournant : celui d’un leadership américain de plus en plus contesté, jusque dans des régions qui, autrefois, voyaient Washington comme un allié naturel.
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