Connecter l’Afrique par les airs

Connecter l’Afrique par les airs

19 mars 2025

Le transport aérien est un pilier essentiel du développement économique et social d’un continent. Pourtant, en Afrique, les connexions aériennes entre pays restent limitées, freinant les échanges commerciaux, le tourisme et l’intégration régionale. Bien que l’Afrique représente 17 % de la population mondiale, elle ne compte que pour 2 % du trafic aérien global. Pourquoi les liaisons aériennes entre pays africains sont-elles si peu développées, et quels sont les projets en cours pour améliorer cette situation ? L’une des principales raisons du faible nombre de connexions aériennes en Afrique réside dans la fragmentation du marché. Le continent compte plus de 50 pays, mais la majorité des compagnies aériennes africaines sont de petite taille, avec des flottes limitées et des moyens financiers insuffisants pour développer des réseaux étendus. De plus, de nombreuses compagnies nationales sont déficitaires, ce qui les empêche d’investir dans de nouvelles routes ou de moderniser leurs appareils.

Freins à la connectivité aérienne

Les coûts opérationnels élevés constituent un autre frein majeur. Les taxes aéroportuaires, les frais de carburant et les droits de survol sont souvent plus élevés en Afrique que dans d’autres régions du monde. Par exemple, le carburant pour avion coûte en moyenne 30 % de plus en Afrique qu’en Europe. Ces surcoûts se répercutent sur le prix des billets, rendant le transport aérien inaccessible à une grande partie de la population. En outre, les infrastructures aéroportuaires sont souvent vétustes et ne répondent pas toujours aux standards internationaux. De nombreux aéroports africains manquent de capacités pour accueillir des vols internationaux ou régionaux fréquents, ce qui limite les possibilités de connexions. Enfin, la réglementation aérienne reste complexe et restrictive, avec des accords bilatéraux qui ne favorisent pas toujours l’ouverture des marchés. Le manque de liaisons aériennes directes entre pays africains a des conséquences économiques et sociales significatives. Pour voyager d’un pays à l’autre, les passagers sont souvent contraints de transiter par des hubs situés en Europe ou au Moyen-Orient, ce qui allonge considérablement les temps de trajet et augmente les coûts. Par exemple, un vol entre Dakar (Sénégal) et Lagos (Nigeria), deux grandes villes économiques, nécessite souvent une escale à Paris ou à Istanbul. Cette situation freine le développement du tourisme intra-africain, pourtant porteur de croissance économique. Elle limite également les échanges commerciaux et la mobilité des travailleurs, pourtant essentiels à l’intégration régionale. Selon la Banque africaine de développement, le faible niveau de connectivité aérienne coûte à l’Afrique plusieurs milliards de dollars par an en opportunités économiques perdues.

Vers une meilleures connectivité

Face à ces défis, plusieurs initiatives ont été lancées pour améliorer la connectivité aérienne en Afrique. L’une des plus ambitieuses est le Marché unique du transport aérien africain (MUTAA), lancé en 2018 sous l’égide de l’Union africaine (UA). Ce projet vise à libéraliser le transport aérien sur le continent en supprimant les restrictions sur les droits de trafic et en harmonisant les réglementations. À ce jour, plus de 30 pays ont adhéré au MUTAA, mais sa mise en œuvre complète reste un défi. Par ailleurs, certaines compagnies aériennes africaines commencent à émerger comme des acteurs majeurs. Ethiopian Airlines, la plus grande compagnie du continent, joue un rôle clé en connectant de nombreuses capitales africaines via son hub à Addis-Abeba. D’autres compagnies, comme Kenya Airways, Royal Air Maroc et South African Airways, développent également leurs réseaux régionaux. Le secteur privé s’investit également dans le développement du transport aérien africain. Des investissements sont réalisés pour moderniser les aéroports et construire de nouvelles infrastructures. Par exemple, l’aéroport Blaise Diagne de Dakar, inauguré en 2017, est l’un des plus modernes d’Afrique de l’Ouest. De même, des partenariats public-privé sont mis en place pour améliorer la gestion des aéroports et attirer davantage de compagnies aériennes. Enfin, des projets de compagnies aériennes low-cost émergent pour rendre le transport aérien plus accessible. Des entreprises comme Fastjet (basée en Afrique du Sud) et Air Côte d’Ivoire proposent des tarifs compétitifs pour stimuler la demande intrarégionale.

Malgré ces avancées, des obstacles persistent. La pandémie de COVID-19 a durement frappé le secteur aérien africain, entraînant la suspension de nombreuses routes et la faillite de plusieurs compagnies. La reprise est en cours, mais elle reste fragile, notamment en raison de la hausse des coûts du carburant et de la concurrence des compagnies étrangères. Pour que le transport aérien africain réalise son plein potentiel, une coordination accrue entre les gouvernements, les compagnies aériennes et les organismes régionaux est nécessaire. La mise en œuvre effective du MUTAA, l’amélioration des infrastructures et la réduction des coûts opérationnels seront des étapes clés pour renforcer la connectivité aérienne sur le continent. Le transport aérien intra-africain est à un tournant décisif. Si les défis sont nombreux, les initiatives en cours montrent que l’Afrique a les moyens de se doter d’un réseau aérien robuste et intégré. Une meilleure connectivité aérienne pourrait non seulement stimuler l’économie du continent, mais aussi rapprocher ses peuples et renforcer son unité.

Retrouvez l’ensemble de nos articles Actualité

Recommandé pour vous

Actualité

Ramadan et Aïd en Afrique : entre foi et fête

En Afrique, le Ramadan et l’Aïd al-Fitr sont bien plus que de simples événements…
Actualité

Donald Trump relance la polémique sur la réforme agraire en Afrique du Sud :...

Fraîchement réélu président des États-Unis en 2024, Donald Trump ravive un sujet…
Actualité

Une révolution verte au Kenya

Le Kenya vient de franchir une étape majeure dans la lutte contre le changement …