La plupart des petites structures africaines ne meurent pas par manque de clients ou d’idées, mais par asphyxie financière. La gestion de trésorerie demeure le talon d’Achille de l’entrepreneuriat sur le continent. Alors que les créateurs maîtrisent parfaitement leur métier, qu’il s’agisse de coiffure, de commerce ou de restauration, ils ignorent souvent les principes élémentaires du pilotage financier. Résultat : une entreprise rentable sur le papier peut disparaître en quelques semaines faute de liquidités suffisantes pour payer les salaires ou honorer les fournisseurs. Ce paradoxe cruel illustre une vérité que beaucoup d’entrepreneurs découvrent trop tard : le chiffre d’affaires ne garantit pas la survie, seul le flux de trésorerie compte vraiment.
Le premier piège réside dans la confusion entre bénéfice et liquidité disponible. Une organisation peut afficher des marges confortables tout en étant incapable de régler ses charges courantes. Cela arrive lorsque les clients paient à 60 ou 90 jours alors que les fournisseurs exigent un règlement immédiat. Cette asymétrie des délais de paiement crée un décalage mortel que peu anticipent. Dans les secteurs du commerce et de la distribution, ce phénomène s’aggrave lorsque les stocks mobilisent des capitaux considérables sans générer de rentrées immédiates.
Le deuxième piège concerne l’absence de prévisions. Trop de structures avancent à vue, espérant que les rentrées couvriront les sorties, sans tenir de comptabilité minimale ni disposer d’un plan de trésorerie. Cette improvisation permanente fonctionne dans les périodes fastes mais s’effondre au moindre imprévu : retard d’un gros client, panne d’équipement, hausse brutale des coûts. Le troisième écueil, intimement lié, est l’endettement à court terme pour financer des investissements à long terme. Faute d’accès au crédit à moyen et long terme, les entrepreneurs contractent des prêts sur 12 ou 18 mois pour acquérir du matériel. Les mensualités écrasantes absorbent alors toute la trésorerie, ne laissant aucune marge de manœuvre face aux aléas. Cette pratique, courante dans le secteur informel et semi-formel, condamne l’entreprise à une course permanente contre la montre.
La solution ne réside pas dans des outils complexes mais dans trois disciplines fondamentales. D’abord, tenir un tableau de trésorerie prévisionnel, même rudimentaire, qui anticipe les entrées et sorties sur trois à six mois. Cet exercice permet d’identifier les périodes creuses et de préparer des solutions avant qu’il ne soit trop tard. Un simple tableur suffit pour transformer la gestion financière d’une structure. Ensuite, négocier fermement les délais : réduire les délais clients tout en allongeant ceux des fournisseurs. Cette inversion du cycle transforme radicalement la santé financière d’une entreprise. Enfin, constituer systématiquement une réserve de sécurité. Cette épargne de précaution, souvent perçue comme un luxe, représente en réalité la meilleure assurance-vie pour toute activité.
Au-delà de ces principes, certains signaux d’alerte doivent déclencher une réaction immédiate. Le solde bancaire disponible constitue l’indicateur cardinal : il doit être consulté chaque matin. Les factures impayées de plus de 30 jours représentent un danger latent qui menace la trésorerie future. Le montant des engagements des sept prochains jours permet d’anticiper les tensions immédiates. Le délai moyen de paiement des clients révèle la qualité du recouvrement. Enfin, le ratio entre réserve de trésorerie et charges mensuelles indique la capacité de résistance de l’entreprise. Ces cinq métriques, simples à suivre, peuvent sauver une structure avant qu’il ne soit trop tard.
La gestion de trésorerie n’est ni glamour ni spectaculaire. Elle ne génère pas de buzz sur les réseaux sociaux et ne séduit pas les investisseurs. Pourtant, elle détermine la différence entre les entreprises qui traversent les crises et celles qui sombrent. Pour les dirigeants africains, le message est limpide : maîtriser son flux financier avant même de chercher à croître. Car sans cash, il n’y a ni croissance ni pérennité, juste une question de temps avant la faillite.
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