Depuis le 1er septembre, l’ancien patron de MTN Zambie dirige la filiale ivoirienne du groupe. Sa nomination, maillon d’une chaîne de successions internes, en dit long sur la manière dont MTN forme et fait circuler ses dirigeants.
Le 1er septembre 2026, Abbad Reda a officiellement pris ses fonctions de directeur général de MTN Côte d’Ivoire. Il succède à Mitwa Ng’ambi, qui avait pris la tête de l’opérateur le 1er mars 2025, devenant la première femme à diriger une entreprise de télécommunications dans le pays. La décision avait été actée par le conseil d’administration lors de sa session du 1er juin, puis rendue publique par communiqué le lendemain. Loin d’être une éviction, ce départ est une promotion : Mitwa Ng’ambi devient directrice des ressources humaines et de la culture du groupe, en remplacement de Paul Norman, qui part à la retraite. Elle intègre ainsi le comité exécutif de MTN au plus tard en septembre 2026.
Le mouvement ne s’arrête pas là. À Lusaka, Abbad Reda laisse sa place à Larry Annetts, un vétéran du groupe qui y est entré en 1995 et a notamment été directeur marketing et directeur de la clientèle grand public de MTN Nigeria. En quelques semaines, MTN a ainsi pourvu trois postes de direction exclusivement en interne. Le président-directeur général du groupe, Ralph Mupita, a présenté la nomination de Mitwa Ng’ambi comme un moment charnière dans la mise en œuvre de la stratégie Ambition 2030. L’enchaînement a d’ailleurs une symétrie presque parfaite : une dirigeante zambienne cède la direction ivoirienne au patron sortant de la filiale zambienne. Chez MTN, on ne recrute pas d’abord un dirigeant pour un pays. On fait circuler, d’un marché à l’autre, des profils dont la valeur se mesure à leur capacité à transformer une filiale.
Le parcours d’Abbad Reda illustre cette doctrine mieux que tout discours. Entré chez MTN en 2002, il y a gravi les échelons en passant par la direction des systèmes d’information de MTN Ghana, de 2011 à 2018, puis la direction générale de MTN Liberia. Il a dirigé MTN Afghanistan de 2019 à 2023, où il a géré le retrait ordonné du groupe de ce pays, une mission qu’il a continué d’assumer après sa prise de fonction en Zambie. En mai 2023, il a remplacé Bart Hofker à la tête de MTN Zambia. Le groupe affirme qu’il y a conduit avec succès le redressement de la filiale, sur un marché qu’il dispute principalement à Airtel. Ingénieur de formation, diplômé en Computer and Communication Engineering de la Notre Dame University, il est aussi titulaire d’un Global Executive MBA de la China Europe International Business School (CEIBS), où il a reçu l’Outstanding Graduate Award. Il a en outre suivi le Global Advancement Program, le programme interne de développement des talents de MTN. Le profil est celui d’un technicien devenu généraliste, qui a appris la direction générale dans l’un des environnements les plus hostiles qui soient, avant de confirmer avec un redressement.
Le terrain ivoirien pose pourtant un défi d’une autre nature. MTN y est installé depuis 2005, mais il reste nettement distancé par Orange. Au 30 juin 2025, l’opérateur français comptait plus de 30,8 millions d’abonnés mobiles, contre 17,1 millions pour MTN et près de 12 millions pour Moov Africa. Au deuxième trimestre 2025, Orange détenait 49 % du marché, avec un chiffre d’affaires de 126,71 milliards de FCFA, contre 72,03 milliards pour MTN. Le marché, lui, est quasi saturé : à fin mars 2026, le pays comptait 60,16 millions d’abonnements mobiles, en léger recul de 0,6 % sur un an, et la croissance se joue désormais ailleurs, notamment dans le mobile money. Si le terrain est disputé, la filiale dont hérite Abbad Reda est en revanche en bien meilleure forme que celle qu’il avait trouvée à Lusaka. Au premier trimestre 2025, soit pour l’essentiel avant l’arrivée de Mitwa Ng’ambi, son chiffre d’affaires reculait de 7,2 % ; dès le trimestre suivant, il progressait de 7,5 %, et le groupe salue une performance financière et opérationnelle exceptionnelle sous sa direction. La feuille de route du nouveau directeur général est claire : améliorer la qualité et la couverture du réseau, renforcer l’expérience client, accélérer l’innovation et développer les services numériques et financiers.
C’est là que réside le véritable test. L’homme des redressements n’est pas appelé à sauver une filiale en difficulté, mais à prolonger une dynamique engagée par une autre, face à un leader solidement installé. C’est un tout autre exercice de direction, et sans doute le plus exigeant.
Retrouvez l’ensemble de nos articles Dirigeants