Par Céline Roux
« Il est le fils de la forêt. » Cette phrase, Ariel Akamba la répète avec une fierté qui n’est pas une revendication, mais un héritage. Ce jour-là, sa mère travaillait dans les champs, bien trop éloignée de l’hôpital pour avoir le temps de l’atteindre quand les contractions ont commencé. « Contrairement aux autres enfants qui ont vu le jour sous la climatisation des hôpitaux, moi, je suis né sous un arbre, dans un petit village du Cameroun », confie-t-il aujourd’hui.
Cette origine humble est le socle de tout ce qu’il est devenu. Fils d’une famille modeste, il grandit à Ekounou, dans le 4ème arrondissement de Yaoundé au Cameroun, où, faute de moyens financiers, le jeune Ariel Akamba effectue sa scolarité primaire dans des écoles publiques. Mais très tôt, deux passions l’animent : les sciences et le dessin. Il rêve de mathématiques, de physique, d’astronautique. Il veut être ingénieur aéronautique, travailler à la NASA, toucher les étoiles. Parallèlement, il noircit des carnets de croquis, s’inspirant des mangas et des jeux vidéo, esquissant des voitures de course qu’il ne peut pas encore conduire. Deux voies semblaient s’offrir à lui : celle de la rigueur scientifique et celle de l’art. C’est finalement un concours qui les fusionnera.
À l’université de Yaoundé, alors qu’il suit des études de physique, un camarade le voit dessiner sans cesse et l’incite à tenter le concours de l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme (EAMAU) au Togo. Une école d’excellence qui recrute à travers 14 nationalités d’Afrique centrale et de l’Ouest. En 2015, sur des milliers de candidats camerounais, seuls dix sont retenus. Ariel Akamba en fait partie. Une bourse d’État lui permet de financer des études que ses parents n’auraient jamais pu payer. Une dette de reconnaissance qu’il n’oubliera jamais. Pendant cinq ans, il s’immerge dans une formation panafricaine, aux côtés de Togolais, de Béninois, de Guinéens, de Gabonais, d’ivoiriens et de camerounais. Il effectue des stages académiques et professionnels au Bénin, au Sénégal, au Cameroun. Il devient même président des étudiants en quatrième année, révélant déjà un tempérament de rassembleur et de leader.
À sa sortie, les propositions affluent : Sénégal, Côte d’Ivoire et cabinets d’architecture occidentaux. Mais son choix est déjà fait. « Peu importe ce que je ferai, je vais rentrer au Cameroun pour pouvoir rendre service », martèle-t-il.
De retour au Cameroun, Ariel Akamba intègre très rapidement le Fond Spécial d’Equipement et d’Intervention Intercommunale (FEICOM) ou il contribue à faire des Collectivités Territoriales Décentralisées, un endroit où il fait bon vivre. Et c’est en parallèle de ces années d’apprentissage, qu’il mûrit l’idée d’AFA Group. Loin d’être une rupture, ce cabinet d’architecture qu’il fonde est le prolongement naturel de sa créativité. Sa vision de l’architecture moderne est celle d’un équilibre subtil, un art de la réconciliation permanente. Il veut réconcilier l’efficacité fonctionnelle des édifices avec la poésie des espaces de vie. Il veut réconcilier la standardisation technique avec l’authenticité des matériaux locaux. Au sein d’AFA Group, ce laboratoire d’idées devient le creuset où se fondent l’intuition de sa créativité.
De ce choix naît une conviction qui traverse tout son travail : l’architecture n’est pas affaire de façades, mais d’hommes. Son mémoire de fin d’études, un village culturel imaginé dans la ville de Foumban au Cameroun, en est la démonstration la plus aboutie. Face aux 237 ethnies que compte le Cameroun, Ariel Akamba conçoit un bâtiment pensé pour que chacun, quelle que soit son origine, s’y sente chez lui. « Je pense à une architecture qui rassemble », dit-il, et l’on comprend que cette phrase résume autant sa pratique que son histoire personnelle.
Aujourd’hui, Ariel Akamba est architecte entrain de construire sa trajectoire, inscrit à l’Ordre national des architectes du Cameroun. Il a signé des réalisations comme l’immeuble PMUC de Yaoundé, qui témoignent d’un talent reconnu et d’un engagement sans faille pour un développement durable et harmonieux. Mais derrière ces murs de verre et de béton, il y a d’abord un homme qui n’a jamais oublié d’où il venait. Dans un pays où la naissance décide souvent du destin, où les enfants de familles modestes apprennent très tôt à rapetisser leurs rêves faute de moyens, Ariel Akamba incarne une autre voie. Celle qui dit que l’horizon n’est pas réservé à une élite. Celle qui prouve qu’un enfant né sous un arbre, éduqué dans des écoles publiques, peut non seulement exister, mais aussi bâtir, créer, transformer. Son parcours est bien plus qu’une success story, c’est une main tendue vers les jeunes qui, comme lui, n’ont pour seul héritage que leur volonté et leur travail acharné.
Ariel Akamba sait ce que signifie naître sans privilège. Pourtant, il n’a jamais laissé sa condition dessiner ses limites. Aujourd’hui, il n’est pas seulement un bâtisseur de murs, il est aussi un bâtisseur d’espoirs. À travers son parcours, il envoie un message clair à toute une génération : la modestie de vos origines ne diminue jamais la grandeur de vos rêves. Dans un pays où les inégalités semblent parfois inscrites dans le marbre, Ariel Akamba offre une autre lecture : celle de la résilience, du travail, et de la foi en soi. Il ne réinvente pas l’architecture ; il réinvente la possibilité même d’exister, pour tous ceux qui viennent de nulle part, et qui osent tout.
Montrer ma transversabilite au niveau des projet comme des immeuble de bureau, des immeuble d’habitation.
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