Pour les dix ans de VivaTech, l’AfricaTech Award a réuni un nombre record de candidatures. Au-delà du palmarès, la cinquième édition du prix dessine une cartographie précise des secteurs et des pays qui portent aujourd’hui l’innovation technologique africaine.
Du 17 au 20 juin, Paris a accueilli la dixième édition de VivaTech, le plus grand salon technologique européen : plus de 200 000 visiteurs et quelque 15 000 startups exposantes. Pour ce rendez-vous anniversaire, l’intelligence artificielle a dominé les débats, aux côtés de la cybersécurité, du spatial et des technologies climatiques.
Au sein de ce grand raout technologique, l’AfricaTech Award, organisé avec le cabinet Deloitte, fêtait sa cinquième édition. Le prix a reçu plus de 260 candidatures issues de 34 pays africains, en hausse de 13 % sur un an. Trente jeunes pousses, représentant onze pays, ont été retenues pour la présélection, le Nigeria, le Kenya et l’Égypte arrivant en tête des nations les plus représentées. La fintech reste le secteur dominant, avec 40 % des entreprises sélectionnées, suivie de la santé numérique (27 %) et des ressources humaines (13 %), un périmètre élargi cette année à sept secteurs stratégiques, de l’agri-fintech à l’industrie.
Six startups ont disputé la finale sur scène le 17 juin, chacune répondant à une défaillance structurelle du continent. La finance y occupait une place de choix. eShandi, née en Zambie sous le nom de PremierCredit, est passée en quelques années du statut de simple structure de microfinance à celui de concurrente directe des banques, désormais présente en Zambie, au Kenya, au Zimbabwe et en Afrique du Sud. La Kényane Ndovu ambitionne de démocratiser l’épargne investie en donnant accès aux marchés mondiaux via le mobile money, un segment resté largement délaissé par l’offre bancaire classique. L’Égyptienne Sahl et la Sud-Africaine Ubiquity AI complétaient ce contingent fintech, la seconde déployant des solutions d’intelligence artificielle calibrées pour les contraintes réelles du continent plutôt que d’importer des modèles pensés pour les marchés occidentaux.
Deux autres finalistes s’attaquaient à l’économie réelle. SURGiA, égyptienne elle aussi, a bâti une place de marché numérique qui permet aux cliniques et aux hôpitaux de s’approvisionner en matériel médical : plus de 151 000 commandes traitées et 45 000 produits référencés, avec un système de suivi des stocks qui prévient les ruptures dans les établissements de soins. Winich Farms, enfin, répond à la fragmentation des chaînes agricoles nigérianes en intégrant des services financiers directement dans le parcours des producteurs.
C’est finalement SURGiA qui l’a emporté, le nom du lauréat ayant été dévoilé le 19 juin lors de la cérémonie officielle des VivaTech Startup Winners, organisée en partenariat avec TechCrunch. Au-delà du prestige, la récompense ouvre un accès privilégié à des investisseurs internationaux et une visibilité médiatique immédiate, deux leviers rares pour un continent qui ne capte encore que moins de 1 % des flux mondiaux de capital-risque, 0,6 % en 2024 selon la Fondation Mo Ibrahim, alors qu’il représente 18 % de la population mondiale. Le précédent lauréat, l’Égyptienne REME-D, spécialiste du diagnostic médical, a ainsi vu son activité mensuelle passer à plus de 50 000 patients testés dans 92 hôpitaux et laboratoires, avec une expansion vers l’Irak, le Soudan et le Kenya. Le sacre de SURGiA, qui prépare de son côté son déploiement au Kenya et en Éthiopie, consacre du même coup un doublé égyptien dans la santé : deux éditions consécutives remportées par des healthtechs du Caire, signe de l’émergence de l’Égypte comme pôle continental de la santé numérique.
Plus largement, ce millésime 2026 confirme une bascule de fond : les startups africaines ne se présentent plus seulement comme des promesses de marché émergent, mais comme des entreprises à modèle économique éprouvé, dans un contexte où les investisseurs sont devenus nettement plus exigeants sur la rentabilité et les revenus récurrents.
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