Le 3 février 2026, le président américain Donald Trump a signé la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act jusqu’au 31 décembre 2026, avec effet rétroactif au 30 septembre 2025. Cette extension d’une année, bien plus courte que les trois ans initialement votés par la Chambre des représentants, offre un répit à 32 pays africains dont les exportations vers les États-Unis dépendent de cet accès préférentiel au marché américain. En 2024, des milliards de dollars de marchandises ont transité via ce dispositif, notamment dans l’automobile, les métaux précieux, l’agriculture, le pétrole et l’énergie. Mais cette prolongation, loin d’être une simple formalité administrative, révèle l’évolution d’un instrument de coopération commerciale vers un mécanisme de négociation bilatérale plus complexe.
L’expiration de l’accord en septembre 2025 a marqué un tournant dans les relations commerciales entre Washington et les capitales africaines. L’administration américaine a manifesté clairement sa volonté de redéfinir les termes du partenariat. Jamieson Greer, représentant au Commerce de la Maison Blanche, a souligné que les pays africains devaient offrir un meilleur accès à leurs marchés pour les produits américains, particulièrement agricoles. Cette exigence de réciprocité commerciale, absente lors de la création du dispositif en 2000, redéfinit fondamentalement la nature du partenariat. L’objectif est désormais explicite : évoluer d’une aide commerciale unilatérale vers un échange plus équilibré qui bénéficie également aux exportateurs américains. Les douze mois de validité constituent une période de négociation où les États africains doivent déterminer quelles concessions ils sont prêts à consentir pour maintenir leur accès au marché américain. Cette nouvelle dynamique reflète une tendance globale vers des accords commerciaux plus équilibrés et mutuellement avantageux.
L’impact potentiel d’une expiration définitive touche particulièrement certains secteurs stratégiques. Le textile et l’habillement figurent parmi les plus vulnérables. Madagascar illustre cette réalité : son industrie textile, premier employeur privé du pays avec des dizaines de milliers de postes, bénéficie d’exemptions de droits de douane substantielles sur le marché américain. Les commandes de grandes marques internationales reposent largement sur cette compétitivité tarifaire. Les secteurs automobile et agricole de plusieurs pays bénéficiaires ont également ressenti l’impact de l’interruption temporaire du programme. Cette situation révèle une dépendance structurelle préoccupante : vingt-cinq ans après la création du programme, ces économies n’ont pas suffisamment diversifié leurs débouchés commerciaux ni renforcé leur compétitivité intrinsèque. Comme le notent plusieurs économistes, une prolongation d’une année limite la visibilité nécessaire aux investissements industriels de long terme, qui requièrent généralement une stabilité commerciale sur cinq à dix ans.
Pour les dirigeants africains, cette période d’incertitude représente paradoxalement une opportunité de repenser leur stratégie commerciale. Les onze mois restants peuvent servir de catalyseur pour accélérer la diversification des partenaires commerciaux et renforcer l’autonomie économique du continent. Plusieurs axes s’imposent : intensifier le commerce intra-africain via l’AfCFTA, consolider les liens avec l’Union européenne, l’Inde, la Chine et les pays du Golfe, et améliorer la compétitivité productive pour que les exportations africaines ne dépendent plus exclusivement d’exemptions tarifaires. Cette transition vers une souveraineté économique accrue suppose des investissements dans la valeur ajoutée, l’innovation et la qualité. Plutôt que de négocier uniquement le maintien des conditions actuelles, les pays africains ont l’occasion de construire une compétitivité durable, fondée sur l’excellence de leurs produits et services plutôt que sur des avantages tarifaires temporaires. La vraie leçon de cette période de transition n’est pas la fragilité des arrangements commerciaux existants, mais l’urgence de bâtir des économies résilientes, diversifiées et compétitives à l’échelle mondiale. L’AGOA a servi de tremplin pendant un quart de siècle ; le moment est venu de transformer cet élan initial en dynamique autonome et durable.
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