226 millions de personnes sans eau potable : l’échéance 2030 s’éloigne

226 millions de personnes sans eau potable : l’échéance 2030 s’éloigne

20 août 2026

En Afrique de l’Est et australe, 226 millions de personnes, près d’une sur deux, n’ont toujours pas accès à un service d’eau potable élémentaire. Malgré des progrès réels, la croissance démographique, l’urbanisation, le manque d’infrastructures et le dérèglement climatique éloignent le continent de l’objectif d’un accès universel fixé pour 2030.

Dans de nombreuses régions d’Afrique, ouvrir un robinet et obtenir une eau potable reste loin d’être une évidence. Pour des millions de personnes, l’approvisionnement dépend encore d’un puits, d’une pompe, d’une source ou d’un point de collecte situé à plusieurs kilomètres du domicile. Le problème ne se résume pourtant pas à une absence d’eau, il concerne aussi la qualité de la ressource, la disponibilité des infrastructures et la capacité à assurer durablement leur fonctionnement. Les chiffres internationaux montrent l’ampleur du défi. Selon le rapport 2025 du Programme commun de suivi de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’UNICEF, consacré aux données de 2000 à 2024, 2,1 milliards de personnes dans le monde ne disposaient toujours pas, en 2024, d’un service géré en toute sécurité. Le rapport souligne que les populations rurales, les pays à faibles revenus et les contextes fragiles restent particulièrement défavorisés.

L’Afrique n’est pas immobile pour autant. Des réseaux sont construits, des forages installés, et des programmes publics ou internationaux améliorent progressivement la situation. Cependant, le rythme reste trop lent au regard des objectifs fixés pour 2030 par les Nations unies dans le cadre de l’Objectif de développement durable n°6, qui vise l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène. Les données disponibles montrent surtout de fortes disparités régionales, car dans certaines zones, l’accès aux services de base progresse, tandis que des populations rurales ou isolées demeurent largement à l’écart. En Afrique de l’Est et australe, l’UNICEF cite notamment l’Éthiopie, l’Ouganda et la Tanzanie parmi les pays où le nombre de personnes concernées est le plus élevé. Disposer d’une source ne signifie d’ailleurs pas nécessairement que l’eau est sûre. Pour être considérée comme « gérée en toute sécurité » selon la définition du JMP, elle doit provenir d’une source améliorée située sur le lieu de vie, être disponible lorsque nécessaire et exempte de contamination. Cette distinction est essentielle, car une population peut disposer d’un point de collecte sans pour autant bénéficier d’une eau réellement potable.

Le défi est donc autant technique que géographique. Construire un réseau représente une première étape mais assurer son entretien, son financement et la qualité de l’eau dans la durée en constitue un autre. Dans plusieurs pays africains, les infrastructures restent insuffisantes ou vieillissantes, et les difficultés sont particulièrement marquées en zone rurale, où les distances, la dispersion de l’habitat et le manque de moyens compliquent l’installation et la maintenance des réseaux. La question financière est centrale et, une analyse publiée par l’OMS en janvier 2026 dans le cadre du programme UN-Water GLAAS fait apparaître, dans les pays étudiés, un écart de 46 % entre les besoins identifiés et les ressources disponibles pour atteindre les objectifs nationaux du secteur. Le rapport relève par ailleurs que les réseaux perdent en moyenne 39 % de leur eau chez les pays déclarants. À ces difficultés structurelles s’ajoute le changement climatique,  sécheresses prolongées, pluies extrêmes et inondations perturbent les systèmes d’approvisionnement et dégradent la qualité des ressources, avec des effets qui varient fortement d’une région à l’autre, certaines zones affrontent une raréfaction de la ressource, d’autres des précipitations intenses susceptibles de contaminer les points de collecte ou d’endommager les équipements. L’urbanisation ajoute une pression supplémentaire. Les villes africaines croissent rapidement, sans que les infrastructures suivent toujours le rythme, ce qui laisse les quartiers informels et les zones périphériques parmi les plus difficiles à desservir. L’UNICEF souligne d’ailleurs que ces zones mal planifiées peuvent devenir des foyers d’épidémies liées à l’eau et à l’assainissement, des fragilités techniques qui se doublent, sur le terrain, d’inégalités humaines profondes. Lorsque le point de collecte est éloigné du domicile, ce sont le plus souvent les femmes et les filles qui en assument la charge. L’OMS et l’UNICEF constatent que, dans la plupart des pays disposant de données, cette tâche leur revient principalement, certaines y consacrant plus de trente minutes par jour dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne. Cette réalité pèse sur la scolarisation, l’emploi et l’autonomie économique des intéressées. Le manque d’eau potable et d’assainissement affecte également la santé publique et facilite la propagation de maladies lorsque les populations doivent recourir à des sources contaminées, un problème profondément lié aux inégalités sociales, puisque les personnes les plus pauvres, les populations rurales et celles vivant en contexte fragile sont souvent celles qui disposent des services les moins fiables. Le rapport 2025 de l’OMS et de l’UNICEF le confirme : les progrès mondiaux restent très inégaux selon les revenus, les territoires et les situations de fragilité.

À quatre ans de l’échéance de 2030, l’objectif d’un accès universel apparaît difficile à atteindre au rythme actuel. Les avancées depuis 2015 sont réelles, la part de la population mondiale bénéficiant d’un service géré en toute sécurité est passée de 68 % à 74 % entre 2015 et 2024,  mais l’OMS et l’UNICEF estiment que le monde n’est pas sur la trajectoire permettant d’atteindre l’universalité d’ici à 2030. Pour l’Afrique, la réponse ne pourra donc pas reposer sur une solution unique : elle devra associer investissements dans les réseaux, l’entretien des infrastructures, la protection des ressources, amélioration de l’assainissement, financement durable et adaptation climatique. L’enjeu est considérable, car fournir une eau potable sûre ne se limite pas à construire davantage de puits ou de canalisations, mais il s’agit de mettre en place des services capables de fonctionner dans la durée, y compris dans les territoires les plus pauvres et les plus difficiles à desservir.

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